10/03/2013 09:55 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : cercle, matin

LAT: une victoire qui oblige

DESSEMONTET_1.jpgC’est donc fait: à 63% des votants et l’ensemble des cantons sauf un (mais c’est une autre histoire), la Suisse a largement approuvé la révision de la loi sur l’aménagement du territoire (LAT). Trente ans après son entrée en vigueur, la LAT se voit confirmée dans ses buts et enfin dotée d’instruments permettant de l’appliquer. Un an après la Lex Weber, la Confédération se voit à nouveau pourvue de pouvoirs étendus dans un domaine jusqu’ici réservé aux cantons, avec le résultat que l’on voit tous les jours dans nos villes et nos campagnes.

Largement déclarative, sans réels pouvoirs, la LAT de 1980, fille d’une version plus ambitieuse balayée dans les urnes en 1976, a été allègrement bafouée par presque tous les cantons. Le prix payé en termes de mitage du territoire est lourd – on peut s’en convaincre en traversant le pays de Genève à Saint-Gall. Là où vit la quasi-totalité des habitants du pays, le paysage est souvent bien plus proche du «cityscape» métropolitain américain, de sa juxtaposition hasardeuse et infinie de villas, de zones industrielles et d’infrastructures de toutes sortes entremêlées de champs résiduels et de poches forestières, que du Heidiland cher à nos cœurs, ce que quelques vaches entr’aperçues sur le trajet ne sauraient masquer. C’est dans cette Suisse-là que vit la grande majorité de la population du pays, c’est contre cet aménagement-là qu’elle a voté.

Il est donc terminé, le temps où communes, propriétaires et promoteurs – souvent les mêmes, d’ailleurs – pouvaient tranquillement faire pression sur les services cantonaux d’aménagement jusqu’à ce que ceux-ci cèdent et accordent les dérogations voulues, les classements en zone à bâtir souhaités. Le succès des aménagistes dimanche dernier est indiscutable, et son ampleur surprend. Mais la victoire oblige: les aménagistes ont été habitués, depuis quarante ans, à n’avoir à peu près aucun pouvoir. Cela les a bien souvent poussés à prendre des positions d’autant plus facilement extrêmes qu’elles étaient tout à fait confortables, prises sans aucun risque, ni aucune influence sur le terrain. Cela va changer. Et le plus grand danger, désormais, est que le camp vainqueur de dimanche, grisé par son score, surjoue, prône l’arrêt de tout développement, fasse miroiter un retour au pays de Heidi.
Car les défis restent énormes. Il faut toujours trouver de quoi loger et abriter les emplois liés aux deux millions de personnes que la Suisse va gagner dans les trois ou quatre prochaines décennies, et s’il est désormais admis que cela ne se fera plus simplement par étalement comme jusqu’à maintenant, on n’a encore rien vu de bien crédible de la part des milieux gagnants dimanche afin d’accueillir cette population. Les aménagistes doivent maintenant assumer leur triomphe – à eux, désormais, d’indiquer comment développer la Suisse à 10 millions d’habitants: où et comment construire un million de nouveaux logements, où et comment abriter un million de postes de travail supplémentaires, comment enfin permettre à tout ce monde de se déplacer le plus harmonieusement possible. La tâche est herculéenne, et elle tombe sur des gens qui n’ont jamais eu à assumer pareille responsabilité.

Souvent élevés dans un cocon les protégeant des rudes réalités du terrain, les milieux de l’aménagement ont désormais la tâche de prouver au pays qu’ils sont à la hauteur d’un défi qu’ils ont largement contribué à lancer. A défaut, le retour de flamme sera terrible.

PIERRE DESSEMONTET
Géographe, fondateur de MicroGis Saint-Sulpice

Commentaires

D'accord avec vous sur la première partie de votre commentaire. J'ai également voté pour la LAT. Stop au mitage du territoire, vous avez raison. Cependant, c'est ensuite que cela se corse !

Écrit par : Golliard Dominique | 10/03/2013

En effet, cette LAT est nécessaire et bénéfique MAIS, contrairement à ce que vous dites, seulement SI la population n'augmente plus de la même manière que ces dernières années. Et là, nous ne sommes plus du tout sur la même longueur d'ondes. Vos osez dire : "...deux millions de personnes que la Suisse va GAGNER..." alors qu'il faudrait dire SUBIR ! vous trouvez génial et importantissime pour la Suisse cette augmentation de population prévue en Suisse ! Mais vous êtes complètement irresponsable d'affirmer de telles choses ! Vous allez dire que c'est tout bénéfice pour l'économie et pour la croissance. Et bien NON, ce n'est plus vrai (cela l'a été dans un premier temps, mais la progression était lente)car, en tant que géographe vous devriez l'avoir remarqué, la Suisse est petite et limitée. Je ne veux pas revenir au pays de Heidi (moins de 2 millions d'habitant alors), cela n'a rien à voir. Pourquoi ne voulez-vous pas admettre que 8 millions, c'est larqement suffisant ! Si vous acceptez la possibilité de 10 millions d'habitant en adéquation avec la LAT, alors nous aurons des villes composées de tours de plus de 100 m de hauteur, collées les unes contre les autres, idem Hong-Kong, c'est cela que vous voulez ?! Non, ce n'est pas envisageable et cela pour bien d'autres raisons encore : on parle de supprimer l'énergie nucléaire (je suis plutôt pour)et comment ferons-nous pour produire de l'énergie suffisante ? Nous avons déjà des problèmes d'évacuation des déchets, d'eaux usées (un crédit de plus de 30 millions a dû être accepté pour agrandir la STEP de Vuippens dans le canton de FR d'où je viens et cela continuera ainsi partout. Fribourg, parlons-en : beaucoup de gens se félicitent du dynamisme de ce canton mais pas d'accord : il a fallu 140 ans pour passer de 100'000 à 200'000 habitants et seulment...26 ans pour passer de 200'000 à 300'000 !!! Vous vous rendez compte ? Problèmes d'écoles, d'infrastructures, de pollutions, de bouchons, d'incivilités croissantes (mais oui, ne vous en déplaise), de changement trop rapide de mentalité. Non, M. Dessemontet, il ne faut pas construire à toute vitesse de nouveaux logements, de nouvelles infrastructures pour deux millions de nouveaux habitants MAIS TOUT METTRE EN OEUVRE pour STOPPER cette augmentation. Même si pour cela, de mesures pour le moment illégales sont nécessaires. Car effectivement, et je ne suis pas UDC mais de tendance plutôt socialiste, cette limitation ne pourra se faire qu'une limitant l'immigration ! J'ai dit limiter et non pas arrêter, car j'ai bien conscience du déficit de natalité (taux de 1,4 alors qu'il faudrait 2,1 pour renouveler la population). Donc immigration oui, mais LIMITEE. Il faudra, par exemple, instaurer des quotas annuels, pour TOUS LES pays (France, Portugal, Allemagne en premier) car nous ne pouvons tolérer une augmentation annuelle de 60 à 80 mille personnes ! Et ne prenez pas l'excuse du financement des cotisations sociales (AVS, LPP). Effectivement, dans un premier temps, il faudra trouver des solutions (peut-être reculer l'âge de la retraite effectivement)mais ces solutions existent. De toute façon, selon votre point de vue, pour propérer économiquement, la polulation devrait croître indéfiniment. Donc, 10 mios, puis 20, 50, 100 millions d'habitants en Suisse ??? S'il faut absolument une augmentation démographique perpétuelle pour qu'un pays se développe économiquement, nous allons de toute façon, un jour où l'autre, droit dans le mur, cela me semble évident et devrait l'être pour vous également, au vu de vos études, non ??? Nous avons déjà un des plus haut taux d'habitants/km2, si ce n'est le plus haut d'Europe ! Car il faut compter sur 1/3 de la surface de la Suisse à cause des montagnes (soit env. 15'000 km2), donc plus de 500 hab/km2. Il faudrait que toutes les autorités communales, cantonales et fédérales, de quelque parti qu'elles soient, le comprennent enfin et mettent tout en oeuvre pour enfin STOPPER cette augmentation démographique. Je sais que les prochaines initiatives "stop à l'immigration de masse" et celle d'Ecopop ne sont de loin pas la panacée mais, pour le moment, je ne vois d'autres solutions que des les approuver et j'espère qu'une grande majorité de citoyens intelligents et responsables, eux, feront de même !
En espérant que vos yeux s'ouvriront enfin sur la réalité des choses actuelles, je vous présente, M. Dessemontet, mes salutations les meilleures !

Écrit par : Golliard Dominique | 10/03/2013

Cher M. Golliard

Je suis preneur de toute solution qui permette dans le futur de maintenir tant notre qualité de vie au sens large que notre niveau de vie au sens étroitement économique. Je n'ai trouvé aucune solution à ce dilemme qui passe par la limitation de l'immigration - au contraire, je pense que toute solution de ce type entraînerait l'appauvrissement économique de la population et donc un durcissement de ses conditions d'existence - vous le dites aussi, puisque vous admettez qu'une telle mesure nécessiterait le redimensionnement de nos assurances sociales. A ce propos, vous mentionnez des solutions: lesquelles? Je suis sincèrement curieux de les découvrir.

Dans l'intervalle, je reste persuadé qu'une politique de décroissance entraînerait crise économique majeure et appauvrissement généralisé de la population, comme l'ensemble de l'histoire humaine le démontre jusqu'ici.

Bien à vous,

Pierre Dessemontet

Écrit par : Pierre Dessemontet | 11/03/2013

Bonjour M. Dessemontet,
Je ne parle pas de décroissance, je ne dis pas qu'il faut diminuer la population mais l'empêcher de croître, ce n'est pas la même chose !
Pourquoi l'appauvrissement général de la population en limitant cette croissance démographique ? Car, s'il y aura moins d'entrées financières, il y aura également moins de dépenses et moins de "dégâts" (déjà cités dans mon précédent commentaire) à éliminer, "dégâts" qui coûtent très chers. Pourquoi est-il impossible à accepter, d'un point de vue purement économique, qu'une population donnée (par ex. 8 mios d'habitants) et restant STABLE, ne pourrait pas vivre bien économiquement. Démontrez-moi le contraire !
Pour revenir à Fribourg : beaucoup de monde se félicitait (se félicite encore pour certains) de l'augmentation démographique galopante. Après avoir vu l'horreur du développement de Bulle, des blocages de plus en plus fréquents de la circulation à différents endroits du canton, on remarque maintenant que les premières recettes (surtout pour les entreprises de construction et les nouveaux employés provenant surtout de l'UE et non pas de la Suisse) sont largement compensées par les coûts que cette croissance engendre, c'est mathématique.
Non, M. Dessemontet, je répète que je ne prône pas une décroissance démographique mais une stabilisation dans notre espace qui, je le rappelle et vous passez dessus en faisant semblant de ne pas le remarquer, est LIMITE !

Écrit par : Golliard Dominique | 11/03/2013

Parce que la population n'est pas "stable" comme ça: elle est composée de gens qui vieillissent. Si vous stabilisez artificiellement la population à 8 millions d'habitants aujourd'hui comme ecopop, vous créez progressivement un gonflement de la part des retraités dans la population, dont le coût est supporté par les actifs, eux-mêmes moins nombreux puisque ce sont eux que vous empêchez d'entrer. Comment résolvez-vous le problème dans votre modèle? Comment paie-t-on les retraites futures? Avec quel argent? Vous avez une solution? On peut la voir?

Je suis d'accord avec vous qu'à terme la population doit se stabiliser - c'est d'ailleurs ce qu'est en train de faire la population mondiale, avec une forte baisse des taux de natalité et une convergence rapide de ces derniers vers le taux de remplacement (2,1 enfant par femme). Nous n'irons sans doute pas bien au-delà de 10 millions d'habitants en Suisse. Mais il convient de ne pas brusquer les choses, au risque de se retrouver avec des déséquilibres générationnels terribles. Nous payons aujourd'hui la dette du baby-boom: c'est comme ça.

Bien à vous, Pierre D.

Écrit par : Pierre Dessemontet | 11/03/2013

Concernant les actifs et les retraités, je suis partiellement d'accord avec vous. Il faudra que les gens acceptent de travailler plus longtemps, en fonction de l'espérance de vie. Si celle-ci se prolonge encore (bien que, au vu des pollutions et nuisances actuelles, des problèmes de plus en plus aigus au niveau des antibiotiques - bactéries de plus en plus résistantes et "intelligentes", je ne suis pas certain que l'on devienne beaucoup plus âgés qu'aujourd'hui...)il faudra travailler encore plus longtemps. D'autre part, et là c'est mon côté socialiste qui ressort, des améliorations au niveau de la répartition des richesses peuvent être trouvées. Au niveau du budget fédéral, il faudra revoir certaines priorités (armée par exemple).
De votre côté, vous dites que nous n'irons pas bien au-delà de 10 millions et que ce sera bien ainsi. D'après votre point de vue, le même problème se reposera alors ?! Je le répète, si vous pensez que, pour bien vivre, il faut croître démographique perpetuellement, nous allons droit dans le mur, vous l'acceptez vous-même. Alors peut-être faut-il aller un peu plus lentement dans la limitation mais il serait irresponsable de ne rien faire du tout car cette façon de faire ne fait que reporter le problème plus loin, sur les prochaines générations.
Je sais bien que vous ne changerez pas d'opinion mais j'espère que la population, tout en sachant qu'il y aura des efforts à faire, comprenne qu'il est temps de prendre des mesures, de commencer à bouger, maintenant.
Meilleures salutations !
D. Golliard

Écrit par : Golliard Dominique | 11/03/2013

Non, le problème dans 30 ans n'est plus le même qu'aujourd'hui. Aujourd'hui et pour les 25 prochaines années nous devons absorber le "surplus" démographique du baby-boom qui entre en retraite. Ce qui aura survécu de notre système social en 2038 pourra assumer ce qui vient ensuite, parce que nous sommes nettement moins nombreux par classe d'âge après 1974 qu'avant, même avec l'immigration actuelle. Le problème de stabilité de notre système social est "conjoncturel": après 2035-2040, je suis d'accord avec vous que nous pourrons vivre dans une démographie stable et que cela sera possible sans grands dégâts, et c'est vrai. Mais si nous le faisons avant, ou nous coulons nos retraites à coup sûr, ou nous faisons porter un poids injustifié aux actifs, ou nous devrons tous travailler plus longtemps - parce que je ne partage pas vos inquiétudes sur la longévité humaine: actuellement, elle augmente de trois mois chaque année.

Bien à vous, Pierre D.

Écrit par : Pierre Dessemontet | 11/03/2013

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