24/03/2013 09:46 | Lien permanent | Commentaires (0)

L’OFC: «Un couteau sans lame auquel ne manque que le manche»

pascal_vandenberghe.jpgLe philosophe allemand du XVIIIe siècle Georg Christoph Lichtenberg ne pensait pas à l’Office fédéral de la culture (OFC) lorsqu’il lança cette formule, puisque l’OFC n’existait pas à l’époque, pas plus que la Suisse moderne, d’ailleurs. Mais, si cette dernière existe bel et bien, peut-on en dire autant de l’OFC? Sans avoir la prétention d’y répondre, nous tenterons plutôt ici d’en explorer la question.
Le départ annoncé le 13 février dernier de l’actuel directeur de l’OFC, Jean-Frédéric Jauslin, qui occupe ce poste depuis huit ans, a fait l’objet, dès les jours qui suivirent, d’une mise au concours du poste, avec échéance au 10 mars pour le dépôt des candidatures. Cette précipitation semble montrer qu’Alain Berset et le Département fédéral de l’intérieur n’ont pas jugé nécessaire de questionner au préalable le contenu de ce poste, son utilité dans sa formule actuelle et l’éventuelle nécessité de revoir la mission et les attributions de l’OFC.


S’il fallut attendre 2000 et l’adoption de la nouvelle Constitution fédérale pour que la Suisse dispose enfin d’une première base constitutionnelle pour l’encouragement à la culture, ce fut d’abord pour affirmer que la culture relève de la responsabilité des cantons, la Confédération agissant selon le principe de la subsidiarité. Sauf qu’avec un budget annuel de moins de 200 millions de francs (0,3% du budget de la Confédération), on voit mal comment la subsidiarité pourrait se concrétiser, face aux quelque 2 milliards de francs qu’y consacrent les cantons et les communes. D’autant plus que l’OFC a cédé ces dernières années nombre de ses activités à Pro Helvetia.


Par ailleurs, le «message culture 2012-2015», délivré par l’OFC en 2011, et censé tracer les lignes directrices de la politique suisse en la matière, a surtout consisté en un aveu d’impuissance, manquant cruellement de vision et se limitant à dresser l’inventaire des missions qui lui sont confiées. Alors que le monde culturel est en plein essor, et que les projets transversaux et nationaux ne pourraient être soutenus qu’au niveau de la Confédération, n’aurait-il pas été judicieux, avant de mettre ce poste au concours, d’interroger les milieux culturels sur leurs besoins, de façon à adapter les missions de l’OFC à leurs attentes, pour ensuite établir le profil du candidat à même de remplir ces missions? La question de savoir s’il faut plutôt un gestionnaire ou une personne issue du milieu culturel – qui semble être la seule qui soit posée – a-t-elle un sens en l’absence d’un indispensable aggiornamento?
Car, si l’on considère maintenant l’apport de la culture au sens large dans l’économie, contrairement sans doute à ce que l’on peut imaginer, on constate qu’elle est un moteur essentiel de l’économie nationale: avec plus de 200 000 places de travail et un chiffre d’affaires des activités liées à cette branche estimé à plus de 60 milliards de francs, la culture pèse largement plus dans le PIB de la Suisse que l’industrie horlogère ou la pharma. Amplement de quoi considérer l’OFC et son secteur d’activité comme un acteur essentiel du développement économique et politique d’un pays dont l’avenir ne semble plus reposer uniquement sur le secteur bancaire: il apparaît que le moment serait idéal pour aiguiser le rôle de l’OFC et le doter de moyens plus importants. Pour peu que la volonté politique soit là.

PASCAL VANDENBERGHE, Directeur général Payot Libraire

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