14/04/2013 09:49 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cercle, matin, dimanche

Politique familiale: libre cours à l’imagination!

cercle,matin,dimancheAinsi donc, le 3 mars dernier, les cantons ont, à la différence du peuple, refusé le nouvel arrêté fédéral sur la politique familiale. J’aurais aimé que le peuple fût du même avis que les cantons mais ces derniers – dans leur majorité – ont au moins évité une triste dérive. Merci!

Commençons par calmer les esprits! Malgré le vote négatif, reste dans la Constitution fédérale le texte suivant: «Dans l’accomplissement de ses tâches, la Confédération prend en considération les besoins de la famille. Elle peut soutenir les mesures destinées à protéger la famille» (art. 116 al. 2). Le vote n’a pas porté atteinte à ce principe général ancré dans la Constitution fédérale depuis de longues années. En réalité, ce que le NON du 3 mars a obtenu, c’est d’empêcher la suppression du droit au respect des différences culturelles cantonales. L’organisation de la vie de tous les jours n’est pas la même dans un petit canton ou dans un grand canton, dans un canton-ville ou dans un canton plus campagnard. A l’intérieur même d’un canton, les communes rurales et les communes urbaines n’ont pas non plus les mêmes besoins ni les mêmes désirs. Sans parler des aspirations profondes des citoyens!

L’article constitutionnel refusé voulait faire passer sur le pays le rouleau compresseur du bonheur uniforme, avec le garde-chiourme fédéral pour ceux qui auraient eu quelque velléité d’indépendance. La grande chance de la Suisse, c’est de conserver ces creusets sociaux que sont les cantons. C’est à ceux-ci et à eux seulement, par l’intermédiaire de leurs parlementaires et de leurs citoyens, qu’il appartient de décider s’ils veulent contribuer à organiser les familles d’une certaine manière, s’ils veulent prévoir des structures extrafamiliales et parascolaires. C’est aux cantons de décider s’ils entendent déléguer une telle tâche à leurs communes. La démocratie de proximité est de loin la meilleure forme de gestion communautaire en particulier quand il s’agit de domaines aussi marqués par les traditions culturelles que l’organisation de la famille, de la vie professionnelle et de l’école. Dans une certaine mesure aussi, la recherche d’une forme propre d’organisation implique un effort de collaboration entre travailleurs et employeurs. Un tel effort peut favoriser parfois une bonne collaboration et une bonne entente.

En deux mots, l’article constitutionnel refusé contenait à peu près tous les défauts typiques de la manie centralisatrice: l’uniformité du bonheur, la castration de l’imagination, la mendicité fédérale, le populisme des promesses d’argent public, l’encouragement à la paresse.

La Suisse est un pays affichant un des meilleurs taux d’inventivité et de créativité. Nous le devons sans aucun doute au fédéralisme, donc à la nécessité de trouver dans beaucoup de domaines des solutions adaptées à des situations cantonales différentes.

Maintenant que le danger d’uniformisation fédérale a été écarté, à chaque canton de reprendre le flambeau s’il l’estime utile. Quelques-uns – Vaud par exemple – ont d’ailleurs déjà prévu des mesures en matière parascolaire.

Il serait toutefois judicieux de se demander si l’intérêt des enfants n’est pas mieux protégé par des mesures favorisant la réinsertion professionnelle de celui des parents qui aurait consacré plusieurs années à l’éducation de ses enfants que par des mesures incitant les parents à confier à des tiers la surveillance et l’éducation de ces mêmes enfants. Le vote négatif du 3 mars est peut-être une chance!

SUZETTE SANDOZ, Ex-conseillère nationale libérale vaudoise

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