28/04/2013 09:37 | Lien permanent | Commentaires (0)

Démocratie, démagogie et autres vices

CINA_1.jpgLe lancement voici quelques jours d’une nouvelle campagne en faveur de l’élection par le peuple du Conseil fédéral est un joli coup. Tempo politique bien choisi, communication efficace. Du lourd, du simple, du percutant. Parfaitement maîtrisé et adapté au temps démocratique actuel. Mais si la tactique est bonne, qu’elle est lassante!
 
Les ressorts sont toujours les mêmes: le peuple est sage, faisons-lui confiance, il saura aiguiser son jugement face à tous les défis que nous pose notre société et en particulier les «défis» invoqués comme tels par… l’UDC. Mais les vrais défis? Les véritables enjeux? Qui en parle? Ah, oui, le concept de responsabilité en politique n’intéresse plus grand monde. Et pourtant!
 
A titre personnel, cette tactique politicienne me laisse, en plus de cette impression de déjà-vu, un goût légèrement amer. Notre démocratie est si précieuse qu’elle ne mérite en aucun cas des discours politiques réduits à des slogans. L’histoire, malheureusement, n’est ni neuve ni même surprenante.
Le grand juriste victorien et néanmoins adversaire déclaré des démocrates, Henry Sumner Maine dans son «Popular Government» dénonçait en 1885 la démocratie comme une forme de gouvernement nécessairement instable parce qu’esclave d’une opinion publique tributaire de ses pires instincts, une forme de gouvernement facilement en proie à la démagogie. Cette thèse est très en vogue actuellement en Italie, elle permet de se rassurer et d’expliquer l’ascension d’un «mouvement» étrange, celui de Beppe Grillo, qui fait de la politique en stigmatisant les élites «gérontocratiques».
 
Toutes proportions gardées, l’UDC joue le même jeu: en faisant semblant de chérir la démocratie, elle l’affaiblit, l’étrille et la laisse aller vers les dérives qui la guettent à chaque instant. Pour quels effets?

1. Nous aurons sept ministres en perpétuelle recherche (électorale) du consensus comme raccourci vers l’acquisition du pouvoir. Et qui dit recherche de ce type-là de consensus (par opposition au consensus entendu au sens de trouver une solution concertée réellement et respectueuse des avis de chacun) dit simplification des enjeux, perte de responsabilité face à de vraies nécessités tant structurelles que sociétales ou économiques et affaiblissement du spectre du discours politique.

2. Nous assisterons inéluctablement à une dilution de la notion de respect des minorités. Gouvernée par le nombre, la minorité restera silencieuse: elle n’aura plus l’appui de l’exécutif. Le fait de «réserver» des sièges à des «Latins» ne changera rien à l’affaire.

3. Ce mode d’élection personnifiera à outrance le discours politique. On ne votera plus sur des idées, mais sur des têtes, des «bêtes médiatiques». Ce qui favorise les personnalités déjà connues ou maîtrisant parfaitement le langage si ce n’est lisse, du moins immédiatement assimilable, donc dénué de ces aspérités nécessairement liées à la sincérité et au fait de porter une vraie responsabilité.

4. Aujourd’hui, c’est l’échiquier politique suisse qui définit la composition du Conseil fédéral. Cela crée l’équilibre parfait avec des exécutifs cantonaux élus par le peuple. Le risque de transposer une réalité cantonale au niveau fédéral mine l’essence même de la cohésion fédérale au sens helvétique du terme.
Au-delà de ces considérations, la question essentielle reste: est-ce vraiment ce que nous voulons? Une Suisse incarnée par sept personnes? Ne sommes-nous pas tous ensemble la Suisse? Pour paraphraser Ben, «La Suisse n’existe pas». Avec nous tous, oui.
 
Jean-Michel Cina, chef du Département valaisan de l’économie, de l’énergie et du territoire

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