05/05/2013 09:29 | Lien permanent | Commentaires (0)

Marcher le nez au vent

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Comme pour le droit de vote des femmes, on s'étonnera bientôt en France de l'adoption tardive du mariage pour tous. Ebahis, nos petits enfants liront les coupures de presse de notre époque et les orages entourant cet épisode tumultueux, parfois haineux, de l'histoire. Et si la principale conquête du mariage pour tous était tout l'inverse des images d'actualité: une bienfaisante détente dans une collectivité réconciliée ?

 

Depuis que la République française a décidé d'envelopper tous ses enfants dans la même bannière d'égalité et de fraternité, des milliers de petits enfants arc-en-ciel (vivant avec des parents homos) sont aujourd'hui protégés. Grâce à cet abri législatif, ils peuvent regarder les yeux dans les yeux et à égalité, leurs camarades. 

La loi Taubira libère aussi l'entourage des personnes homosexuelles qui ressent souvent avec violence la stigmatisation d'un proche en raison de son orientation sexuelle. Cette situation peut engendrer de la honte, du rejet ou du déni porteur de drames.

 

Les "anti" qui défilent encore ce dimanche contre l'égalité des droits et pour une conception de la famille réduite à sa dimension biologique, l'ont sans doute compris: la cause homosexuelle est une proche cousine de l'émancipation des femmes. D'où la hargne conjuguée de conservateurs et d'intégrismes religieux de tout poil. Car le son des délicats escarpins endimanchés battent le pavé en cadence avec les bottes cloutées d'un conservatisme douteux. Le droit des femmes à disposer librement de leurs corps, à interrompre une grossesse non désirée, à travailler hors du foyer pour assurer leur indépendance économique devient un enjeu majeur. En Suisse, on devra voter pour freiner de graves régressions. Par exemple, l'abolition du remboursement de l'IVG aurait des conséquences dramatiques pour des jeunes femmes sans soutien financier, contraintes à des maternités forcées. La fiscalité devient une nouvelle arme de guerre contre les femmes: des avantages fiscaux sont envisagés pour encourager les mères à retourner à leurs fourneaux. Quant aux mères divorcées qui choisissent la garde partagée dans notre pays, elles sont honteusement piégées par une fiscalité qui les appauvrit, car elle avantage le revenu le plus élevé, généralement celui du père. 

 

De l'Espagne où elles vivent, des amies me le disent: depuis l'adoption du mariage gay, la société espagnole a évolué en profondeur. Contrairement à la prophétie de Frigide Barjot, qui voyait du sang éclabousser la loi Taubira, cette conquête humaniste semble dispenser des ondes positives et bienfaisantes. Les discriminations reculent, les militants tendent à replier leurs drapeaux. Est-ce le signe de la disparition prochaine d'une classification datant du milieu du 19ème siècle ? Hétérosexuel et homosexuel sont en effet deux termes qui obéissent à des catégories récentes en regard de l'Histoire et qui hiérarchisent les relations humaines.

 

 

L'égalité des droits désamorce la violence de ce système. Une violence homophobe entretenue par une conspiration du silence, mise en évidence avec force dans le clip d'Indochine. Un film parfaitement cohérent et dénonciateur de Xavier Dolan.

 

Il n'existe plus de citoyen de deuxième zone en regard de l'orientation sexuelle au sein de la République française. Désormais, des hommes et des femmes, selon la belle image des gens du désert, peuvent enfin marcher le nez au vent.

 


ANNE BISANG, Metteure en scène

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