12/05/2013 09:38 | Lien permanent | Commentaires (0)

De la musique pour transcender le désespoir

ARDITI_1.jpgDes laissés-pour-compte, il y en a dans chaque société, bien sûr. Mais dans les zones de conflit, les inégalités touchent des groupes entiers de population et prennent un caractère tragique. C’est le cas au Proche-Orient, dans les territoires occupés de Palestine, pour des motifs que chacun connaît. C’est aussi le cas en Israël, pays d’une vitalité économique et scientifique extraordinaires, et qui a aussi ses laissés-pour-compte. Ils se trouvent dans la population palestinienne de nationalité israélienne, mais aussi dans les populations juives, chez les Falachas, d’origine éthiopienne, dans certains groupes d’émigrés, et simplement chez ceux qui, comme chez nous, se retrouvent un jour au bord du chemin.

Ces inégalités des chances sont particulièrement douloureuses chez les enfants, pour qui le problème le plus aigu n’est pas économique, mais touche au regard désabusé qu’ils portent sur la vie et ses injustices.

Comment leur éviter les dérives du désespoir? Comment les aider à acquérir une dignité? Rien, jamais, ne remplacera la proximité familiale. Mais si la famille, justement, est absente? Ou désemparée?

L’éducation musicale constitue une réponse possible à ces drames multiples. Elle propose à l’enfant le goût de l’effort. Elle lui offre l’occasion du dépassement de soi. Elle lui permet de baigner dans l’harmonie que constitue la musique. Elle lui permet, surtout, de prendre le chemin de l’espoir.

La Fondation Les Instruments de la Paix-Genève œuvre dans ce sens au Proche-Orient. Elle le fait des deux côtés de la frontière, sans discrimination d’origine ou de religion.

Dans les Territoires occupés de Palestine, elle soutient le réseau national des Conservatoires de musique, en partenariat avec le Conservatoire de musique de Genève et la Haute Ecole de musique de Genève. Ses actions sont multiples: envoi de professeurs, financement d’instruments et d’infrastructures, invitations de groupes d’élèves en Europe, etc. Le dernier projet en cours est la création d’un centre de réparation, d’entretien, et de fabrication d’instruments à cordes, tant pour la musique occidentale qu’orientale. Le nouveau centre, The Instruments for Peace Workshop, se trouve au sein du Conservatoire de Bethlehem. Seul du genre en Palestine, il aura pour mission de servir le monde musical sur l’ensemble du territoire. Il aura aussi pour but de donner à la vie musicale de Palestine une autonomie.

En Israël, la fondation soutient l’ensemble des activités musicales d’une école située à Petah Tikvah, dans la banlieue de Tel-Aviv, où près de trois cents élèves juifs, venant de milieux défavorisés ou de familles brisées, se reconstituent, qui en faisant du théâtre, qui de l’horticulture, qui de la musique (du rock, surtout).

En Israël encore, près d’Haïfa, à Shafa’amr, un conservatoire de musique s’adresse à une population exclusivement formée de citoyens israéliens d’origine palestinienne, musulmans ou chrétiens. Cette école manque de tout sauf de courage. Avec les moyens du bord, elle a constitué un orchestre de chambre fort d’une quinzaine d’élèves, une démarche qui force l’admiration. Notre fondation évalue une aide appropriée, qui débutera à la rentrée d’automne, sous diverses formes.

Ce qui frappe, partout, c’est l’impact de l’éducation musicale sur les résultats scolaires. Chaque fois, ils s’améliorent de façon spectaculaire. A Petah Tikvah, le taux de réussite au baccalauréat a passé, en quelques années, de 11 à 60%. A Gaza, à Ramallah, partout, la réussite scolaire vient en complément naturel de l’éducation musicale.

La force et la grâce qu’apporte l’éducation musicale structurent les enfants. Elles leur donnent de la fibre morale. Elle les mène à la dignité.

Matin Arditi, Président de la Fondation de la Paix-Genève. Ambassadeur de bonne volonté de l'UNESCO.

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