19/05/2013 09:41 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cercle, dimanche

Le pape François suscite des attentes mal placées

cercle, dimancheLa démission d’un pape et l’élection d’un autre ont mis sur le devant de la scène cette fonction, son image, des attentes et… bien des idées reçues. Ce sont surtout les attentes mises en lui qui m’impressionnent. D’un côté, je m’en réjouis, bien sûr: si dans un monde déboussolé et souvent inquiet on pense pouvoir trouver quelque chose du côté de l’Eglise, je ne vais pas m’en plaindre. Après tout beaucoup se rendent compte que, pour faire quelque chose avec notre vie humaine, les traditions religieuses peuvent avoir des ressources que l’on ne trouve pas ailleurs. Mais ces attentes sont souvent mal placées, et j’en montre quelques exemples.

1. Le despote.
On semble voir dans le pape une sorte de despote qui pourrait à sa guise changer dans l’Eglise ce qui dérange les uns ou les autres (c’est-à-dire tout et son contraire). Non seulement il serait difficile pour un seul homme – même aidé par Dieu – de satisfaire toutes ces attentes contradictoires, mais il n’en a pas le droit et en est bien conscient. Comme le dit une publicité (pour une montre dont je ne cite pas la marque): «On ne possède jamais une ***, on la garde seulement pour la génération suivante.» C’est un peu ça que fait le pape, en présentant la montre qu’il a reçue de manière que chaque génération puisse y lire l’heure. Et il ne le fait pas tout seul! Nos frères protestants ne sont pas les seuls à trouver ridicule que l’on mette le pape à la place de Dieu pour en attendre tout. Il me semble que moins on connaît l’Eglise, plus on surestime la fonction du pape, et à travers elle ce que peut faire l’Eglise. Ce n’est d’ailleurs pas que du pape que l’on attend toutes sortes de choses contradictoires…

2. Il est toujours infaillible?
Si on attend tellement du pape, c’est aussi parce qu’on se méprend sur l’infaillibilité. Les catholiques n’ont pas à croire que le pape parle toujours avec une certitude absolue. Le dogme de l’infaillibilité pontificale a été proclamé en 1870. Auparavant des théologiens disaient, sur toutes sortes de sujets, qu’on ne pouvait changer une décision du pape. En 1870 on a bien décrit le cadre strict de l’infaillibilité, elle a été invoquée une seule fois depuis lors, en 1950, lorsque le pape Pie XII a défini le dogme de l’Assomption. C’était un acte personnel, mais suivant un développement théologique d’un millénaire et demi, et au terme d’une enquête dans tous les diocèses du monde. Ce n’est pas le genre de décision qui arrive tous les jours… Evidemment cela ne signifie pas non plus qu’on n’écoute le pape que lorsqu’il use de l’infaillibilité.

3. «L’Eglise pour les pauvres»: ça concerne qui?
Quand on entend que le pape François a parlé d’une Eglise pauvre pour les pauvres, on pense aux «richesses du Vatican», et ce que l’on donne comme exemples sont des monuments ou des œuvres d’art. On ne suggère jamais que la Suisse pourrait vendre ses musées ou le château de Chillon pour aider les victimes de catastrophes. Certes le pape François pense à lui-même et à son cadre de vie. Mais, quand il dit «l’Eglise», il pense à tous ses membres. On peut se rappeler ce que disait le pape Jean-Paul I cinq jours avant la fin de son bref pontificat: «Rome sera une vraie communauté chrétienne si Dieu y est honoré non seulement par l’affluence des fidèles dans les églises, non seulement par la vie privée vécue moralement, mais encore par l’amour pour les pauvres.» Cela ne changerait pas que la vie de l’Eglise, mais aiderait l’équilibre du monde et la survie de la planète.

Mgr CHARLES MOREROD, Evêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg

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