26/05/2013 09:46 | Lien permanent | Commentaires (0)

Le dialogue, socle de la prospérité suisse

pascal_broulis.jpgEn principe, les trains qui partent à l’heure n’attirent pas l’attention. Depuis quelques mois pourtant l’un d’eux intrigue. La prospérité suisse contraste avec la déprime économique de grands voisins européens. Cette prospérité dure et une question revient dans les médias et dans les débats: «Comment se fait-il que nous allions si bien?»
Autant le dire tout de suite, voilà une question qu’il est, en tant qu’élu, agréable de s’entendre poser. Il n’est pas pour autant simple d’y répondre. D’une part parce que je crois qu’on est rarement bon juge de son succès («son» collectif bien sûr). D’autre part, les causes de ce succès sont nombreuses, ce qui rend son analyse difficile. Enfin, il faut se garder de se rengorger: la réussite économique n’est jamais acquise, elle demeure toujours en construction.
Avec un peu de recul, j’aimerais quand même mettre en avant une singularité helvétique que je considère comme un très gros atout. C’est notre pratique constante du dialogue, institutionnalisée et intégrée à tous les niveaux.
Des Municipalités au Conseil fédéral, en passant évidemment par les Conseils d’Etat, nous ne connaissons pas d’exécutifs où l’on a raison tout seul. Ici, pas de gouvernement de pensée unique. L’autre bord politique est toujours présent. Et la plupart du temps les autres bords, car il y a plusieurs partis. Dans tous les débats la diversité des avis est ainsi assurée. La même diversité se retrouve dans toutes les commissions, qu’elles examinent l’aménagement d’un carrefour de village ou l’adaptation d’une loi fédérale. Et dans les Parlements, c’est encore sur des avis divergents qu’il faut arriver à bâtir des majorités et à trouver des consensus.
Ce dialogue se poursuit dans la population. Oui, les Suisses sont souvent appelés aux urnes, mais ils s’y rendent du coup sans émotion exagérée. Pour utiliser un mot à la mode, un référendum est quelque chose de «normal», comme une initiative ou un vote constitutionnel d’ailleurs. Ce qui permet au citoyen de se concentrer sur la question posée et d’y répondre sereinement sans la confondre avec un vote de confiance ou de défiance envers ses élus.
Le dialogue est tout aussi incontournable entre les différents niveaux institutionnels. Reposant sur la décentralisation des pouvoirs, le fédéralisme impose à la Confédération de prendre en compte l’avis des cantons. De même, ceux-ci doivent maintenir des canaux de discussions ouverts avec leurs communes. Et comme nul ne peut prétendre fonctionner tout seul, il faut encore s’entendre et collaborer entre communes voisines et entre cantons. Je n’oublierai enfin pas le dialogue social, qui incite patrons et employés à se considérer aussi comme des partenaires et pas seulement comme des adversaires.
Certes, tout cela fait beaucoup de discussions, n’évite pas toutes les incompréhensions et peut être assez lent. Mais l’immense avantage de cette construction de «bas en haut» est de privilégier des solutions équilibrées. Et lorsqu’on vote, les résultats du vote sont respectés car chacun, auparavant, a pu se faire entendre. En fin de compte, c’est la cohésion du pays qui y gagne.
Il ne s’agit pas de vanter ce fonctionnement comme un modèle. Il est le fruit d’une histoire propre à la Suisse. Mais je suis certain qu’il nous convient bien. Tant que nous saurons animer et renouveler ces multiples dialogues nous tirerons notre épingle du grand jeu mondial.

PASCAL BROULIS, Conseiller d’Etat vaudois

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