09/06/2013 09:53 | Lien permanent | Commentaires (0)

7,5 milliards dans les infrastructures ferroviaires: trop peu, trop tard?

DESSEMONTET_1.jpgMercredi dernier, le Conseil national a approuvé un programme d’infrastructures ferroviaires s’élevant désormais à 7,5 milliards de francs, somme investie à l’horizon 2030 et qui constitue un doublement du programme initial. Et tout le monde, politiques, commentateurs, de crier victoire: le pays prend son destin en main et se montre à la hauteur des enjeux. Champagne!
 
Sauf que. L’examen des résultats du relevé structurel 2010 de l’Office fédéral de la statistique permet de relever trois caractéristiques fondamentales de la manière dont nous nous rendons au travail. La première, c’est que la pendularité continue de progresser, comme elle le fait depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. En 2010, deux tiers des actifs travaillaient dans une autre commune que celle de leur domicile, contre une moitié seulement en 1990. Couplée à la croissance de la population active – 9% entre 2000 et 2010 – cela se traduit par une hausse massive du nombre de pendulaires. 532 500 de plus en dix ans, 25% d’augmentation.
 
La seconde, c’est que la part des pendulaires qui utilisent les transports publics a progressé de 25% à 28%. Un chiffre modeste, mais qui exprime un retournement de tendance: depuis 1980, ce chiffre était resté stable, malgré des investissements massifs dans le domaine. En outre, cette hausse s’ajoute à celles de la population active et de la pendularité. Résultat, il y avait en 2010 213 000 pendulaires de plus qu’en 2000 dans les transports publics, soit une hausse de 23% – en comparaison, la route n’a eu à absorber «que» 140 000 pendulaires supplémentaires durant la même période, une hausse de 7%. Cela explique pourquoi, en dix ans, la situation s’est dégradée beaucoup plus vite dans les transports publics que sur les routes: la hausse de fréquentation y a été beaucoup plus forte.
 
Maintenant, la mauvaise nouvelle: l’essentiel de la hausse de fréquentation des transports publics est dû à un effet générationnel. En bref, une génération plutôt motorisée est partie à la retraite, remplacée par une génération qui pendule en transports publics comme jamais avant dans notre histoire. Or, dans les vingt ans qui viennent, ce sont les classes d’âge les plus automobilistes que nous avons connues qui vont entrer en retraite, pour être remplacées par des jeunes qui seront majoritairement des usagers des transports en commun. Nous avons subi une vague ces dix dernières années? C’est un mur qui nous arrive dessus.
 
Au total, dans les vingt années qui viennent, la charge sur nos infrastructures de transports va continuer à s’alourdir, et ce particulièrement dans les transports publics, qui peuvent s’attendre à une hausse de 60% à 75% de leur fréquentation d’ici à 2030.
 
Deux conclusions s’imposent. D’abord, la croissance de la population (9% en dix ans) ne joue qu’un rôle secondaire dans l’engorgement actuel de nos infrastructures: c’est bien le changement de notre comportement pendulaire (25% en dix ans) qui en est la cause principale. Et ensuite, on ne fera pas face à la hausse programmée de la fréquentation de nos transports en commun avec 7,5 milliards à investir dans les 17 années qui viennent – il va falloir faire beaucoup plus, et beaucoup plus vite, faute de quoi l’expérience quotidienne des pendulaires dans les transports en commun va se dégrader tellement vite que nous prenons le risque d’en dégoûter une génération entière… qu’on retrouvera alors sur la route.
 
Pierre Dessemontet, géographe, fondateur de MicroGis, Saint-Sulpice
 

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