16/06/2013 09:47 | Lien permanent | Commentaires (1)

Haute tension sous la Coupole

SAVARY.jpgJe siège depuis bientôt dix ans à Berne, et jamais je n’ai assisté à tant de tensions et de pressions qu’aujourd’hui, pour la «Lex America». Parions que demain soir, quand les groupes politiques se réuniront pour arrêter leur décision, à la veille du vote au National, on vivra une véritable, et longue, et fébrile Nuit des longs couteaux.

Pourquoi tant d’agitation? Après tout, l’avenir des banques ne touche que peu la population. Et le sort réservé à la loi ne changera pas grand-chose à nos vies, à notre pouvoir d’achat, au niveau de nos loyers, au montant de nos retraites! Qui comprend vraiment ce qu’il y a dans ce texte et quelles en seront les conséquences? Ni vous, ni moi, ni les médias, ni même les membres du Conseil fédéral.

C’est que, sans doute, ce débat entame ce qu’il y a de plus profondément ancré dans notre pays. Le respect de la démocratie, notre rapport aux autres, et la relation particulière que nous entretenons avec les banques. Cette petite loi composée de quelques articles nous oblige à dire ce que nous voulons faire du passé et ce que nous voulons construire pour l’avenir. C’est pourquoi, il est attendu des partis politiques et des parlementaires qu’ils soient clairs, lisibles, au moment de se prononcer sur la Lex America. Une sorte d’acte solennel. Une grande majorité des socialistes s’y emploie en disant non à cette proposition. D’abord parce que nos règles démocratiques sont ici bafouées. Aucun pays, aucun parlement au monde accepteraient de voter une loi les yeux fermés, sans en connaître le contenu, ni les conséquences. Il est inacceptable que la Suisse, dont la réputation en matière de démocratie est immense, brade son honneur pour sauver celui des banques. D’autre part, notre pays ne peut, sans coup férir, se soumettre aux diktats des plus puissants. Ça vaut non seulement pour les Etats-Unis, mais aussi pour les pays membres de l’Union européenne. Et une bonne négociation ne s’engage jamais par l’abdication. Je ne jette pas la pierre à la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf, mais aux partis de droite qui refusent depuis des années de s’engager dans l’échange automatique d’informations concernant la délinquance financière. Que de soucis nous aurions évité si nous avions montré notre volonté de lutter contre la fraude et l’évasion fiscale! Alors qu’aujourd’hui, d’outre-Atlantique et d’outre-Rhin, montent l’exaspération et l’hostilité.

Enfin, le Parti socialiste s’oppose à une loi qui absout les banques de leurs responsabilités. Les institutions bancaires actuellement sous le coup de la justice américaine ont sciemment violé les lois, et cela au moment même où la Suisse légiférait dans l’urgence pour sauver UBS. Avez-vous entendu la moindre parole d’excuses de ces banques à l’attention du Parlement et de la population suisse? Le moindre acte de contrition qui aurait pu consister à montrer leur volonté de rompre définitivement avec ces pratiques frauduleuses? Est-ce qu’il est juste de légiférer pour amnistier la récidive? Est-ce qu’on peut construire l’avenir si les erreurs du passé ne sont pas reconnues par ceux qui les ont commises?

Nous avons toujours traité le secteur bancaire comme un cas spécial. Comme si de la seule place financière suisse dépendait notre économie, comme si un emploi dans la banque comptait plus qu’un emploi dans l’horlogerie, les machines, ou l’industrie pharmaceutique. La semaine prochaine, on verra si, comme cela fut toujours le cas, le Parlement acceptera de couvrir des pratiques bancaires frauduleuses ou s’il se décidera à parier sur l’avenir. A dire, comme le poète, «le vent se lève, essayons de vivre».

Géraldine Savary, Conseillère aux Etats (PS/VD)

Commentaires

Merci Madame pour cet article qui reflète ma pensée et que je vais partager en espérant que le Parlement oubliera les banques cette fois-ci.

Écrit par : Coraline de Wurstemberger | 16/06/2013

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