23/06/2013 09:54 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cercle, dimanche

Pour un nouveau canton romand au sein de la Confédération

Seydoux-Christ20.jpgJe n’oublierai jamais les moments de bonheur intense et l’explosion de joie populaire qui ont suivi la proclamation des résultats du plébiscite du 23 juin 1974, qui allait donner le jour au 23e canton de la Confédération. Va-t-on revivre de tels instants le 24 novembre 2013, lorsque les citoyen-ne-s du canton du Jura et du Jura bernois décideront s’ils souhaitent engager un processus en vue de la création d’un nouveau canton à l’échelle de la région jurassienne?

Les cantons jouent un rôle essentiel dans la cohésion nationale. Ils sont représentés au niveau fédéral et respectés par les autorités et l’administration fédérales. Le Conseil fédéral doit répondre à toutes les interventions des parlementaires fédéraux. Le canton du Jura est bien représenté à Berne, avec quatre parlementaires fédéraux, alors que le Jura bernois ne l’est plus. Ensemble, les deux régions pourraient partager les sièges pour faire entendre leur voix.

La proximité constitue par ailleurs un atout essentiel dans la bonne gouvernance d’une région. Dans le canton de Berne, les décisions importantes sont prises dans la capitale, tandis que quelques domaines de responsabilités, mineurs, sont attribués au Conseil du Jura bernois. Or, les politiques fédérales en matière de formation, d’énergie ou encore de santé publique impliqueront de plus en plus souvent des décisions qui ne tiendront pas nécessairement compte des intérêts régionaux. Le canton du Jura pourra se battre bec et ongles pour lui-même, alors que le canton de Berne devra défendre les positions, pas nécessairement semblables, des différentes régions qui le composent.

La pression fiscale est malheureusement forte dans les deux régions, avec un léger avantage au Jura bernois. Les familles bénéficient cependant d’un meilleur statut fiscal dans le canton du Jura. Celui-ci fonctionne bien sur le plan financier, mais sa taille ne le met pas à l’abri d’accidents de parcours. Alors que le canton de Berne a annoncé des économies de l’ordre de 600 millions de francs, les deux régions jurassiennes disposeraient ensemble de moyens suffisants pour augmenter le bien-être de leurs populations.

C’est grâce au fédéralisme que notre pays bénéficie de la paix des langues. Tous les cantons, bilingues ou non, ont leur rôle à jouer dans ce domaine. Même sans le Jura bernois, le canton de Berne restera bilingue, avec la ville de Bienne et les nombreux francophones qui vivent à Berne.
Plus de quarante associations interjurassiennes démontrent tous les jours la pertinence d’une destinée commune. De l’agriculture aux bourgeoisies, du football à la formation des apprentis, les Jurassiens du Nord et du Sud partagent d’ores et déjà de nombreuses activités. Or, en raison de réglementations et de cadres juridiques différents, ces collaborations sont souvent difficiles à mettre en œuvre. Supprimer la frontière politique faciliterait grandement une coopération qui devrait couler de source.

La publication par le Gouvernement jurassien d’un document mesurant les performances du canton du Jura et du Jura bernois depuis quelques décennies ne laisse planer aucun doute. La quasi-totalité des statistiques sont favorables au canton du Jura. S’il avait bénéficié de la même souveraineté, le Jura bernois présenterait vraisemblablement aussi des chiffres positifs.
Les deux régions ont l’occasion historique d’associer leurs compétences, leurs talents et leurs destinées. Sauront-elles saisir cette chance, malgré les forces qui s’y opposent? Il faut parier sur la raison, mais aussi sur le cœur, pour encourager les citoyen-ne-s à voter oui le 24 novembre prochain.

ANNE SEYDOUX-CHRISTE
Conseillère aux Etats (PDC/JU)

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