14/07/2013 10:01 | Lien permanent | Commentaires (0)

Ne bradons pas nos avantages concurrentiels!

Hammer_Daniel.jpgLa Suisse vient d’être sacrée championne mondiale de la compétitivité. Alors que nos voisins s’enfoncent dans un marasme économique sans fin, nous connaissons une réussite éclatante que beaucoup nous envient: notre chômage et notre dette sont faibles et notre PIB croît quand celui de la zone euro se contracte. L’un des principaux avantages concurrentiels de notre économie réside dans son marché de l’emploi flexible et ouvert. Malheureusement, deux initiatives émanant des syndicats et de la gauche menacent gravement nos atouts.

Le peuple se prononcera prochainement sur l’initiative «1:12 – Pour des salaires équitables» qui exige que, dans une même entreprise, aucun employé ne gagne moins en un an que ce que le salarié le mieux payé perçoit en un mois.
 
Les critiques contre les salaires dits excessifs de certains managers ont évidemment leur place dans le débat public, mais elles ne sauraient justifier un interventionnisme étatique aussi grave dans le secteur privé: si l’initiative était acceptée, la Suisse deviendrait le pays le plus restrictif du monde en matière de politique salariale du secteur privé. Dans le contexte hyperconcurrentiel qui est le leur, les entreprises sont contraintes d’offrir aux cadres qu’elles espèrent attirer dans leur top management des salaires correspondant à ce qui se pratique ailleurs. Il serait dès lors naïf de penser que, pour respecter le ratio de l’initiative, les bas salaires seront augmentés et les hauts salaires diminués: pour rester compétitives tout en respectant le ratio 1:12, nos sociétés n’auraient d’autre choix que d’engager les hauts cadres dans des structures établies à l’étranger (où cette norme ne s’appliquera pas) et d’externaliser, voire de délocaliser les activités à bas salaire pour soustraire celles-ci du calcul. Les bas salaires – que l’initiative entend protéger – seraient paradoxalement durement touchés par cette mesure.
 
L’autre attaque frontale contre le modèle suisse est incarnée par l’initiative du salaire minimal de 22 fr. de l’heure ou Fr. 4000 fr. par mois. Ce salaire minimal correspond à 76% d’un salaire moyen suisse, là où, en France, pays pourtant résolument progressiste, il ne représente que 60% du salaire moyen français. En Grande-Bretagne, ce rapport chute même à 46%, au Japon à 38%.
 
Dans bon nombre de branches, cette initiative entraînerait une hausse brutale des charges salariales et, partant, une diminution de la compétitivité des entreprises concernées. En raison de leurs spécificités, les secteurs du tourisme et du commerce de détail n’échapperaient pas à des vagues de licenciements. Quant à l’exportation, qui souffre déjà du franc fort, elle devrait délocaliser une partie de sa production à l’étranger.
 
Le salaire minimal pénaliserait les employés les moins qualifiés en condamnant ceux-ci au chômage de longue durée, alors qu’aujourd’hui, la Suisse connaît un chômage structurel historiquement bas. L’initiative toucherait là aussi de plein fouet les personnes qu’elle entend protéger.
 
Notre marché du travail flexible, basé sur l’autonomie contractuelle et le dialogue social, a largement fait ses preuves. Renoncer à cet atout pour nous engager sur le chemin pernicieux de la surréglementation obsessionnelle pris par l’Espagne, l’Italie et la France – trois pays qui connaissent un chômage endémique – serait une erreur calamiteuse. Ne jouons pas aux apprentis sorciers tentés par un dogmatisme peccamineux, mais persistons dans la voie qui a consacré notre belle réussite.
 
 
Daniel Hammer, secrétaire général de Médias Suisses

Les commentaires sont fermés.