21/07/2013 09:33 | Lien permanent | Commentaires (0)

Glace au fendant et autres turpitudes estivales

CINA_1.jpgIl y a quelque temps, un très grand chef autrichien m’expliquait sa recette du succès: «Be different or die». Simple, percutant et apparemment efficace. Rentré en Valais, effaré par les constantes alarmes émanant de notre tourisme, de notre hôtellerie, de notre secteur de la construction, j’ai essayé de réellement «prendre un peu de hauteur» – ce qui, soit dit en passant, n’est pas complètement impossible en Valais.

Poussant à l’extrême la réflexion marketing, je me suis demandé si nous pouvions, nous les Valaisans, nous penser comme étant réellement différents en tout de tous les autres? Et, si oui, si telle ne devait pas être notre voie vers la réussite.

Evidemment, nous sommes différents. Chez nous, vous pouvez acheter de la glace au fendant ou vous faire un passeport valaisan, tout ça au premier degré. Vous croiserez des chasseurs amoureux des bêtes et nous devons être le seul canton suisse à ne pas avoir de femme cheffe d’un service de l’administration. Aussi, nous sommes de sacrés batailleurs. Nous aimons la lutte, la vraie. Plus précisément, les Valaisans s’intéressent plus à la lutte elle-même qu’à sa conclusion. En clair, la beauté du geste est plus importante que la victoire finale… Christian Constantin, président du FC Sion, très controversé en Suisse mais très apprécié en Valais, a très bien compris ce principe: lors de son combat contre la FIFA et les autorités suisses du football, il n’a rien gagné, mais, chez nous, on parle encore du prestige de sa bataille. A tel point qu’il peut aisément prétendre au titre de «héros valaisan». Oui, même s’ils perdent à la fin, nos vrais champions doivent savoir combattre. La règle vaut aussi bien pour le cardinal Schiner que pour Farinet le hors-la-loi. Et même pour les (tardifs) fers de lance de la lutte acharnée contre la révision de la loi sur l’aménagement du territoire, perdue d’avance. Nous luttons, et plus souvent contre quelque chose que pour quelque chose. Nous défendons nos intérêts, ouvertement, effrontément. Chez nous, pas de demi-mesure, pas de robinet d’eau tiède. Le problème, c’est qu’il faut bien parfois nous poser la question de l’effet de ces gesticulations…

C’est clair, nous pouvons donc considérer que nous sommes différents. Mais sommes-nous réellement différents en tout? Non, bien sûr. 99,6% des automobilistes valaisans attachent leur ceinture de sécurité. Les Valaisans préfèrent le vin à la piquette, comme tout le monde, et il n’y a pas chez nous plus de chauffards que partout ailleurs. Et, si on cherche bien, on arrive même dans les supermarchés du canton à trouver du Cenovis à côté du rayon raclette… Rien que de très normal. Le «Sonderfall» valaisan n’existe pas.

Est-ce donc que nous serions comme tous les autres? Là aussi, pas tout à fait. Par exemple, Grisons et Tessinois défendent aussi leurs intérêts à Berne. Ils le font même avec un joli succès, souvent plus éclatant que les nôtres. Une conseillère fédérale me donna un jour son interprétation de ce désolant état de fait: «Ils font moins de bruit!» C’est aussi simple que cela… A force de vouloir être différents en cultivant ce que nous ne sommes pas, nous risquons de perdre sur toute la ligne. Alors, marketing ou pas, notre atout reste d’être vrais et réels: un canton comme un autre, conscient de sa valeur et du chemin qu’il nous reste à parcourir pour être au top!

Jean-Michel Cina, Conseiller d'Etat valaisan

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