04/08/2013 10:06 | Lien permanent | Commentaires (0)

Moins tu pollueras, plus tu paieras

SANDOZ_1.jpgLes spectateurs du «Téléjournal» du mercredi soir 26 juin ont dû se frotter les oreilles pour vérifier leur qualité d’éveil lorsqu’ils ont entendu Mme la Conseillère fédérale Doris Leuthard annoncer le plus sérieusement du monde que la surtaxe sur l’essence devrait augmenter de quelque 15 centimes par litre pour compenser le fait que les voitures consomment moins d’essence, en clair, polluent moins. La consommation semble en effet avoir passé de dix litres au cent en moyenne à moins de six litres. C’est la catastrophe! L’accroissement du nombre des voitures ne compense pas la diminution de la consommation d’essence!

Des calculs rationnels permettent de comprendre la réalité, mais il faut reconnaître que justifier une augmentation de la surtaxe de l’essence par le fait que les constructeurs de voitures font tous leurs efforts – et on s’en réjouit – pour que celles-ci consomment moins donc polluent moins, tient presque de la farce à une époque où le principe «pollueur-payeur» fait florès.
 
En fait, cette petite maladresse souligne le paradoxe de la protection de l’environnement: le nucléaire est une source d’énergie très peu polluante, mais incontestablement liée à des risques non encore maîtrisés. Pour que cette maîtrise augmente – et c’est nécessaire vu les centrales existantes, même si on les ferme – il faudrait évidemment poursuivre les recherches. Celles-ci sont toutefois compromises par le projet de sortir du nucléaire à tout prix et le plus rapidement possible, voire impossible. En effet toute sortie du nucléaire implique le développement d’énergies renouvelables de manière que le taux moyen des avancées techniques auxquelles la société s’est habituée ne soit pas abaissé. On ne s’imagine guère retourner faire la
lessive à la rivière, renoncer à l’aspirateur, s’éclairer à la bougie ni se passer d’ordinateur.
 
Mais les énergies renouvelables ne sont pas non plus dénuées de défauts: les éoliennes peuvent nuire au paysage, même si certains technocrates n’hésitent pas à disqualifier celui du Gros-de-Vaud! Et puis, il faudra bien aussi des lignes à haute tension, voire des pylônes pour transporter le courant à partir des forêts d’éoliennes! Les barrages menacent la faune et parfois aussi la flore et une rupture n’est pas totalement exclue. Les bâtiments historiques supportent mal les panneaux photovoltaïques; les pompes à chaleur ne peuvent pas toujours être installées pour des constructions anciennes et la géothermie causerait des séismes. Il y a plus de trente ans, les autorités recommandaient de munir toute nouvelle habitation d’un chauffage électrique; aujourd’hui, ces chauffages sont condamnés.
 
Le principe de précaution et le dogme du développement durable sont utiles pour autant que le premier ne serve pas de prétexte à paralyser toute nouveauté ni ne fasse oublier que toute activité humaine a un revers et que le second n’engendre pas la tentation de préférer les choses aux personnes.
 
Idéalement, le respect de l’environnement devrait se fonder sur la seule certitude que le monde ne nous est pas donné mais confié et que nous en sommes donc responsables; hélas, ce respect tend plutôt à justifier le développement d’un Etat fouineur – que l’on songe à la police contre l’ infantile «triche au sac» et le tourisme des déchets – aux dépens de la lutte contre la criminalité, à clamer un catastrophisme désespérant pour les jeunes et à encourager un fétichisme de la faune et de la flore cousin du mépris de l’être humain.
 
Suzette Sandoz, ex-conseillère nationale libérale vaudoise

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