01/09/2013 09:18 | Lien permanent | Commentaires (0)

670 millions pour les chemins de fer vaudois: une somme énorme, une goutte dans l’océan

Pierre_dessemontet.jpgMardi passé, le Grand Conseil vaudois a donc voté des crédits d’infrastructures ferroviaires et de matériel roulant pour un montant total de 300 millions de francs, le tout dans une belle unanimité, puisque l’ensemble de la classe politique vaudoise a soutenu la mesure. Celle-ci ayant un effet d’entraînement sur des dépenses liées aux plans fédéral et communal, c’est un total de 670 millions de francs qui vont être investis. On peut tirer les enseignements suivants de ce qui aurait dû être l’événement politique de la rentrée.


Le premier, c’est qu’il s’agit évidemment d’une somme gigantesque, qui plus est, devant être dépensée en trois petites années: 670 millions d’ici à 2017 – en proportion, c’est comme si la Suisse investissait 2,5 milliards par an dans la mise à niveau de ses infrastructures ferroviaires et de son matériel roulant. A ce rythme, le fameux programme ZEB serait réalisé en une législature, plutôt qu’en quinze ans, comme c’est actuellement planifié. ZEB, bouclé en 2020 – on se prend à rêver…
Celles et ceux qui se battent depuis des années pour faire prendre conscience au pays de l’urgence qu’il y a à entreprendre la mise à niveau de nos infrastructures, compte tenu de la croissance économique et démographique que nous vivons depuis le milieu des années 2000, ont l’impression que le message est en train de passer. Il est en effet infiniment réjouissant qu’une collectivité aussi importante et impliquée que le Canton de Vaud donne un signal aussi fort – car c’est un signal extrêmement fort, tant au plan de la dépense, qu’au plan de l’échéancier: par cette décision, Vaud prend le taureau par les cornes, et se pose en exemple. Il indique la voie à suivre aux autres cantons et à la Confédération.


Le second enseignement, c’est que Vaud investit une telle somme en aussi peu de temps sur ce qui n’est finalement qu’une partie, importante certes, mais secondaire de son réseau de transports publics: 670 millions qui ne toucheront ni le réseau CFF ni celui des TL lausannois. Cela ne minimise absolument pas la portée de ce qui a été voté, au contraire: si prendre le problème à bras-le-corps pour mettre à niveau le réseau ferroviaire secondaire du Canton de Vaud nécessite 670 millions en trois ans, eh bien soit. Mais cela donne une vague idée de ce que la Confédération devrait investir si elle faisait preuve de la même détermination à l’échelle du pays, tous modes de transports confondus: on parlerait là en dizaines de milliards de francs d’ici à 2020. Une somme immense. Mais c’est la tâche qui est devant nous si nous ne voulons pas assister à la dégradation progressive de l’ensemble de notre réseau de transports – avis, en passant, aux opposants à la hausse de la vignette autoroutière, qui passe au vote en novembre prochain…


Car chaque année qui passe augmente la pression: en fin de semaine, nous apprenions via l’Office fédéral de la statistique que nous étions 8 040 000 à fin 2012, soit 75 000 de plus qu’un an auparavant. Pendant ce temps, l’infrastructure de transports, et, c’est nouveau, la superstructure, c’est-à-dire l’organisation sociale qui fait fonctionner le système, tourne déjà à pleine capacité, sans marge de manœuvre, et de manière de plus en plus risquée – ce que chaque pendulaire expérimente, ce que chaque employé de notre système de transports vit, ce que malheureusement, le tragique accident de Granges-Marnand est venu nous rappeler brutalement au cœur de l’été.

PIERRRE DESSEMONTET Géographe, fondateur de MicroGis, Saint-Sulpice

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