15/09/2013 09:49 | Lien permanent | Commentaires (0)

Un formidable appétit de projets

Sur le quai de la gare, je croise une équipe de comédiens. L’un d’eux tient dans un panier, une poule. Elle joue, elle aussi, dans le spectacle qu’ils présentent le soir même à La Chaux-de-Fonds. L’équipe est à la fois joyeuse et concentrée. La journée sera longue: après le voyage et les raccords plateau succédera la représentation en public. Joli souvenir attrapé en gare de Neuchâtel. C’était il y a quelques mois avant qu’on me confie la direction artistique d’Arc en scènes, Centre neuchâtelois des arts vivants - TPR.

 
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Les comédiens connaissent bien les trains. Non seulement ils relient les points de tournée mais dans notre région, c’est dans toute la Romandie qu’on y travaille que l’on soit de Fribourg, du Valais ou de Neuchâtel. Les lieux de travail se déplacent en fonction des contrats. Etre comédien c’est être comédien romand: plus qu’une identité, c’est une réalité de terrain. Au moment où la médiation culturelle devient une préoccupation nationale, la présence des artistes sur le terrain est une donnée incontournable pour relier les publics à l’offre culturelle. Les comédiens de Lausanne et Genève qui accueillaient autrefois plus souvent leurs partenaires des autres cantons sur leurs scènes prennent de plus en plus le train dans l’autre sens. Les trains sont donc les alliés naturels du comédien, nomade par définition et complices nécessaires au développement du rayonnement culturel.
 
Au pied du Jura et dans les Montagnes neuchâteloises, l’enjeu du rail est fort. Neuchâtel est un trait d’union entre la Suisse et la France et aussi une agrafe verticale entre les bassins lémanique et rhénan. Une situation stratégique cruciale, couplée avec un esprit pionnier, créatif et novateur qui fait l’identité de Neuchâtel. La renommée internationale du «Swiss made» doit beaucoup au génie créateur neuchâtelois.
Dans ce contexte, la décision récente de la société Lyria de ne plus desservir Neuchâtel sur la ligne TGV Paris-Berne mérite réparation. Toute la région est dans l’attente d’«une offre de substitution de qualité» pour reprendre les termes des autorités neuchâteloises. Mobilisés, attentifs, Neuchâtel et la Franche-Comté attendent une proposition constructive.
L’esprit d’innovation, la créativité d’une population doivent être évalués à leur juste valeur et pas seulement au strict comptage du nombre de voyageurs dans des wagons. La culture fait partie intégrante de cet enjeu.
Les échanges culturels et la vitalité artistique sont l’oxygène d’une région.
Ils contribuent à la cohésion sociale et stimulent l’imaginaire de toute une population. Dans l’esprit pionnier de la région, rappelons que le Théâtre populaire romand (TPR) à La Chaux-de-Fonds avec son fondateur Charles Joris a donné un élan décisif au théâtre en Suisse romande. Partie prenante de l’histoire vivante de notre pays, nous allons poursuivre cette trajectoire avec enthousiasme et dans le sens d’un rayonnement grandissant. Le secteur culturel neuchâtelois est nourri avec ferveur par de nombreux organismes et institutions. L’offre culturelle de ce canton est riche et diversifiée. Le théâtre et la musique y trouvent des écrins exigeants et fédérateurs. Les relations avec la capitale française sont déterminantes pour faire partie des régions qui comptent dans la francophonie.
 
Du comédien nomade au travailleur horloger: La Chaux-de-Fonds, Neuchâtel, l’arc jurassien, la Franche-Comté demandent à être reliés aux grandes lignes pour déployer leur formidable appétit de projets.
 
Anne Bisang, directrice artistique d’Arc en Scènes, Centre neuchâtelois des arts vivants - TPR La Chaux-de-Fonds.
 
 

 

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