22/09/2013 10:10 | Lien permanent | Commentaires (0)

Radiotélévision romanche «Web only»?

LORETAN_1.jpgAllegra… c’est une des belles manières de vous saluer à la Radiotélévision de la Suisse romanche, une des cinq unités d’entreprise de la SSR. La RTR – c’est son abréviation, comme la RTS en Suisse romande, SRF en Suisse alémanique ou RSI en suisse italienne – compte quelque 150 collaborateurs pour un budget annuel de plus de 20 millions et environ 50 000 auditeurs, téléspectateurs et internautes.

Il y a quelques semaines, nous avons célébré à Coire le 50e anniversaire de la télévision romanche. C’était aussi l’occasion de souligner qu’il y a 75 ans, le peuple suisse reconnaissait en votation populaire le romanche comme quatrième langue nationale.

Dans toutes les régions linguistiques du pays, la radiotélévision publique, à laquelle il faut ajouter aujourd’hui Internet, a pour mission de proposer une offre audiovisuelle de qualité équivalente notamment dans les domaines de l’information, de la culture, de l’éducation, du sport et du divertissement. Ce service au public n’a pas pour mission prioritaire de promouvoir la langue de la région mais il valorise la cohésion nationale et contribue à la compréhension interrégionale.

La situation aux Grisons est toutefois différente. La Confédération, le canton, la Ligue Romanche et d’autres acteurs, dont la RTR et la presse, sont tous des vecteurs importants de promotion de cette langue qui se décline en 5 idiomes. Malgré ces efforts conjugués, il est difficile de contenir la lente régression au fil des générations montantes alors qu’elle représente beaucoup plus qu’un simple moyen d’expression, elle est le reflet d’une culture, d’une identité mais aussi de la richesse et de la diversité de la Suisse. La très grande majorité des Suisses en est convaincue et ne remet en aucun cas en cause le prix que nous payons pour cette dimension essentielle de notre fédéralisme.

Avec le basculement numérique, la RTR peut aujourd’hui dépasser son mandat traditionnel et, d’entente avec les milieux concernés, contribuer de manière plus significative à la reconquête du romanche, non seulement dans les 150 vallées de tradition romanche du canton mais également auprès de la vaste communauté romanche virtuelle en Suisse et dans le monde. L’Internet pourrait être en effet une chance immense de pénétrer tous azimuts dans la communauté romanche. Et de fait, la RTR mise fortement sur le numérique sans pour autant se détourner brutalement de la radio et d’émissions de télévision traditionnelle linéaire qui ouvrent une fenêtre romanche dans les autres régions linguistiques.

Ce processus de montée mesurée de l’Internet est indispensable pour permettre aux générations moins jeunes de s’acclimater aux nouveaux modes de diffusion et d’apprivoiser les nouvelles technologies de l’information. Une telle vision, une telle volonté politique peut nécessiter un certain effort financier. Mais il faut le voir comme un investissement dans l’avenir, avec à terme des économies de diffusion mais aussi un gain politique substantiel dans le maintien de la pluralité linguistique et culturelle du pays.

Le français a de la peine à se maintenir dans l’enseignement obligatoire en Suisse alémanique, les Romands sont réfractaires à l’allemand, l’italien se maintient dans un splendide isolement… et le romanche pourrait faire preuve de pionnier et devenir une source d’inspiration en utilisant à bon escient Internet comme instrument de renaissance et de reconnaissance. Quant à la RTR, qui deviendrait virtuose du «Web only», elle aurait effectivement donné une valeur ajoutée à son importante mission de service public. E viva la Grischa!

Raymond Loretan, Président de la SSR

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