29/09/2013 10:04 | Lien permanent | Commentaires (0)

L’initiative «1:12», mauvaise sous tous rapports

 
LEUBA_1.jpgLe 24 novembre prochain, le peuple suisse se prononcera sur l’initiative populaire fédérale «Pour des salaires équitables», dite initiative «1:12». Cette dernière prévoit qu’au sein d’une même entreprise, le salaire le plus élevé ne soit pas supérieur à 12 fois le salaire le plus bas. Ainsi présenté, ce texte semble être un modèle d’équilibre et de justice sociale. Mais derrière le masque de la vertu, il nous promet surtout des difficultés économiques sans précédent, dans une société où le roi est promis à être pauvre et entendant que chacun le soit avec lui.
Il serait enfin temps de comprendre que les hauts salaires ne vivent pas en marge de la société. Ils paient des impôts et versent des montants considérables aux assurances sociales. L’économie ne consiste pas à siphonner les goussets pleins pour remplir des poches vides. Elle consiste à créer des richesses, de l’emploi, des places d’apprentissage afin que chacun en profite. Ce rôle n’est pas celui de l’Etat, qui n’a strictement aucune compétence à faire valoir en matière d’entrepreneuriat, comme l’Histoire l’a d’ailleurs déjà cruellement démontré. Mais les initiants ont la mémoire courte et une affection sans bornes pour la bureaucratie, celle-là même qu’il faudra lever pour contrôler la stricte application du rapport 1:12 auprès des 300 000 entreprises que compte notre pays. Ce n’est pas là précisément ce qui s’appelle créer des richesses.
 
Peter Brabeck, président du conseil d’administration de Nestlé, déclarait en début d’année que son entreprise «souhaitait» rester en Suisse, par quoi il faut entendre que l’économie doit pouvoir continuer d’y bénéficier de conditions-cadres favorables, y compris salariales. Il serait prétentieux et irresponsable de traiter par le mépris ce genre de signaux d’alarme. Peter Brabeck nous rappelle simplement que si la Suisse n’est plus attractive, d’autres pays sauront très bien l’être à sa place. Nos voisins européens souffrent précisément d’avoir oublié ce principe.
 
Enfin, il faut être un doux rêveur pour croire que cette initiative incitera les employeurs à revaloriser les salaires les plus modestes. Cette initiative incitera au contraire les entreprises qui ne délocaliseront pas ou qui ne recourront pas à de la sous-traitance à supprimer les emplois faiblement rémunérés et, par effet de domino, à réduire l’ensemble de la grille salariale. Par conséquent, les charges salariales s’en trouveront diminuées d’autant, pour le plus grand bien des actionnaires et au plus grand dam de l’ensemble des travailleurs. Privilégier les premiers au détriment des seconds, voilà une belle preuve de solidarité sociale!
Au nom du Conseil fédéral, Johann Schneider-Ammann a combattu cette semaine l’initiative «1:12». On ne peut qu’être au diapason du chef de l’Economie. Dans un pays qui, comme le nôtre, connaît un taux de chômage faible, des salaires corrects, une dette publique maîtrisée, des assurances sociales performantes, une capacité d’innovation et un dispositif de formation uniques au monde, on peine vraiment à saisir ce qu’il y aurait à gagner à s’imposer les contraintes pernicieuses dont ce texte est porteur. Certes, pour restaurer une légitime confiance à son égard, l’économie doit impérativement corriger ses dérives, notamment sur le front des rémunérations. En revanche, lui imposer un carcan inspiré d’une idéologie naufragée ne peut que l’affaiblir. Et la prospérité de chacun d’entre nous avec elle.
 
Philippe Leuba, Conseiller d’Etat vaudois

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