06/10/2013 09:47 | Lien permanent | Commentaires (0)

Des investissements gigantesques dans les hôpitaux: vraiment?

LEYVRAT.jpgEn 1967, lorsque les débats au sujet du nécessaire agrandissement du CHUV font rage au Grand Conseil vaudois, le député Raymond Lambercy lâche cette phrase mémorable: «Nous avons sauté de l’autre côté de la selle. D’une habitude de faire trop petit et étriqué, nous sommes passés au gigantisme.» Ironie de l’Histoire, près de quarante-cinq ans plus tard, c’est un étonnement du même ordre qui pourrait germer dans l’esprit du contribuable.


En effet, comment expliquer ce chiffre lui aussi «gigantesque» de 9 milliards de francs que les hôpitaux devraient investir dans leurs infrastructures, ainsi que l’a récemment révélé une étude du Credit Suisse? Le canton de Vaud n’y échappe pas puisque, au fil de ces derniers mois, le Grand Conseil a accordé plusieurs centaines de millions pour construire, entre autres, un hôpital de l’enfant, pour agrandir les espaces de traitement des malades du cancer et récemment, pour moderniser le Centre psychiatrique de Cery et l’adapter à de nouveaux besoins sociaux.


Le CHUV est emblématique de ce qui s’est passé dans bien d’autres cantons. La dernière pierre posée, notre hôpital a démarré ses activités en 1982 et n’a cessé depuis de vivre sur cet investissement de départ qui lui a permis de remplir ses missions et de rester compétitif. Certes, il serait faux de dire que, depuis lors, aucune dépense supplémentaire n’a été consentie puisque quelque dix millions ont été investis annuellement pour maintenir cet outil de travail. Une chose est claire cependant: trente ans plus tard, l’investissement de départ est largement amorti.


Or, durant ce laps de temps, trois évolutions majeures se sont produites: la médecine a prodigieusement progressé, exigeant une réorganisation en profondeur par exemple des blocs opératoires. Les bâtiments ont vieilli et la démographie a littéralement explosé. La population vit plus longtemps, elle souffre de maladies plus complexes, chroniques dans bien des cas, exigeant de l’hôpital qu’il dispose de lits pour les accueillir. En conséquence, les infrastructures actuelles du CHUV ne lui permettent plus d’assumer ses missions et exigent un nouveau cycle d’investissements.
Face à cet impératif, le nouveau système de financement, les Swiss DRG, prévoit bien que 10% de la facture soient consacrés au renouvellement des infrastructures. Cette idée qui peut paraître a priori lumineuse place en réalité les hôpitaux dans une situation périlleuse, car les sommes à investir sont d’un autre acabit. Dans le cas du CHUV, les 10% concédés par les Swiss DR équivalent à quelque 60 millions de francs par an, alors que les investissements nécessaires à court terme pour rénover et moderniser notre hôpital atteignent une somme au moins dix fois plus
importante.


Si nous voulons conserver un établissement universitaire performant, il est donc inévitable que nos magistrats et nos élus rééditent l’exploit réalisé par les politiques des années 70. C’est la chance de notre canton de disposer de l’assise financière suffisante et de politiciens qui l’ont
compris.

PIERRE-FRANÇOIS LEYVRAZ Directeur général du CHUV à Lausanne

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