03/11/2013 11:49 | Lien permanent | Commentaires (0)

Nous avons besoin du «Temps»

 
L’annonce, le 8 octobre, de la vente à l’encan du quotidien Le Temps , a surpris la Suisse romande par sa froide désinvolture. Non que le statu quo soit sans défaut. Le contrôle du capital du Temps par deux actionnaires concurrents (Tamedia et Ringier) rend sans doute difficile la gestion d’un titre commun. Mais fallait-il pour cela faire si peu de cas de la réputation du Temps , du travail de ses salariés et du dynamisme économique de la Suisse romande? Les deux éditeurs alémaniques traiteraient-ils de la même manière le Tages-Anzeiger ou la NZZ ?
Faute de communication digne de ce nom, on se perd depuis lors en conjectures. Quelles sont les intentions des propriétaires? Se débarrasser d’un titre jugé financièrement encombrant? Le racheter? Et si oui, à quel prix? Est-ce une chance ou une condamnation pour Le Temps? Et demain? Le même procédé sera-t-il appliqué pour d’autres titres?
 
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Nombre de repreneurs potentiels ont déjà manifesté leur intérêt. Il semble par conséquent peu probable (et politiquement pas souhaitable) que Tamedia obtienne le contrôle complet du titre à la fin du processus. La Comco, déjà méfiante envers Edipresse au moment de la naissance du Temps, y fera sans doute barrage.
 
Que peuvent donc espérer les Romands, attachés à la pluralité, à l’indépendance et la qualité journalistique – et donc à la survie et au développement de ce titre? Un scénario serait de constituer un actionnariat diversifié et pluriel, rassemblant des investisseurs convaincus de la nécessité de disposer en Suisse romande d’un titre de référence. A ceux-ci pourraient se joindre toutes les personnes, lectrices et lecteurs fidèles au quotidien. Sous quelle forme? Une fondation (ou une société de lecteurs) pourrait regrouper les énergies et les contributions financières. Je suis persuadée que nombreux sont celles et ceux prêts à répondre à un tel appel. Des initiatives très comparables, et toutes destinées à défendre une presse de qualité, se multiplient à l’étranger, notamment aux Etats-Unis. Un actionnariat composé d’investisseurs, de lecteurs représentés par leur fondation, et éventuellement de partenaires professionnels minoritaires, garantirait sans doute l’avenir et les ambitions légitimes du Temps.
La concrétisation d’un tel scénario nécessite concertation, échanges et négociations. Le Temps a besoin de temps. On s’étonne dès lors que les deux actionnaires dominants aient réclamé aux éventuels prétendants des dossiers parfaitement ficelés, comportant une offre de prix et la description d’un véritable projet éditorial dans un délai aussi court (on parle de la fin du mois). Ces conditions font soupçonner soit que les propriétaires du Temps ne souhaitent pas d’offres réalistes ou qu’ils s’apprêtent déjà à les écarter. On aimerait être certain que ce n’est pas le cas. Les Romands ont été pris par (mauvaise) surprise au moment de l’annonce, qu’on leur laisse au moins le temps de prouver leur attachement à ce titre.


GÉRALDINE SAVARY
Conseillère aux Etats (PS/VD)

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