10/11/2013 09:30 | Lien permanent | Commentaires (2)

Energie: indépendance suisse à la casse!

Maillard.jpgSouvenez-vous, c’était il y a un peu plus de dix ans. En 2002, le peuple suisse refusait la libéralisation intégrale du marché électrique après une campagne exorbitante des partisans du marché libre. On nous prédisait la baisse de prix en cas de oui et la rupture avec l’Europe en cas de non. Ce fut non. L’Europe qui avait libéralisé a bien dû l’accepter. C’est chez elle que les prix ont explosé au cours des années 2000, pas en Suisse, où ils sont restés stables pour le succès de notre industrie, grosse consommatrice d’électricité et très dépendante de la qualité de l’approvisionnement.
Les réseaux européens libéralisés et de plus en plus interconnectés ont ensuite manqué d’entretien et d’investissements au point de faire subir à des millions de clients des pannes monstres en 2003 et 2006. On se demandait à cette occasion ce qu’étaient devenus les milliards de bénéfices cumulés des compagnies électriques privatisées. Ils avaient été distribués aux actionnaires et faisaient cruellement défaut au moment de faire réparer et rénover les infrastructures de production et de distribution. Comme souvent dans ces cas-là, les collectivités publiques ont été appelées à intervenir. Même les entreprises de la grande industrie allemande en ont appelé à une rerégulation par l’Etat.
La Suisse, par la sagesse du refus populaire, a été préservée de ces évolutions. Au passage, ce refus d’une libéralisation pourtant présentée comme «inéluctable» a gelé également les projets de privatisation de Swisscom, de La Poste et des CFF. Nos banques cantonales sont aussi restées en mains publiques et ont évité d’être avalées par le Credit Suisse et UBS, ce qui fut bien utile à notre économie au moment de la paralysie des grandes banques liée à la crise des subprimes. Quand on se demande ce qui fait que la Suisse traverse mieux que d’autres pays européens la crise de 2008, il y a beaucoup de réponses à trouver dans l’opposition populaire aux dérégulations et privatisations.
De cette «success story» on pourrait attendre que le Conseil fédéral tire les leçons. Tel n’est pas le cas. Mme Leuthard prépare une nouvelle mouture de libéralisation totale du secteur électrique pour le 1er janvier 2015. Ce projet serait utilisé comme monnaie d’échange pour régler au passage avec l’Europe la question des litiges juridiques.


A tout prix, on veut donc nous engager dans une voie qui a échoué partout. On rend peu crédible du même coup le programme de sortie du nucléaire suisse. En effet, pour pouvoir se passer un jour de cette énergie dangereuse, c’est maintenant qu’il faut investir dans la rénovation des réseaux ou dans de nouvelles sources de production. Les compagnies électriques sont prêtes. Elles ont accumulé des profits énormes. Comme elles appartiennent à des collectivités publiques débonnaires qui se contentent de très peu de dividendes, elles ont pu stocker ces capitaux ou réduire leur endettement et s’engager dans ces programmes d’investissements.


Mais comment ces compagnies peuvent-elles maintenir ces projets quand elles ne savent pas si leurs clients de 2014 seront encore les leurs en 2015 ou s’ils auront été conquis par une compagnie européenne concurrente? Comment peut-on envisager de créer de nouvelles capacités de production en Suisse dont le prix de revient est estimé dans le meilleur des cas à 9 ou 10 centimes le kilowattheure quand le prix du marché est momentanément descendu à 5 centimes?
Avec une population à desservir pour des décennies, on peut faire ce type de choix et répercuter sur le long terme le coût de l’investissement. Mais quand les clients peuvent quitter leur fournisseur au gré de l’extrême volatilité des prix, c’est toute une politique d’investissement qui n’est plus possible. Ce blocage catastrophique pour notre indépendance énergétique est en cours. Il s’y ajoute le risque de devoir griller des capitaux exorbitants par la perte de valeur de nos installations hydrauliques, dont la comptabilisation devra être brutalement et intégralement indexée sur les prix de marché. Au lieu d’utiliser les bénéfices cumulés pour investir, on devra les utiliser pour des opérations comptables de correction de valeur, au gré de la spéculation européenne.


Cet entêtement, pour ne pas dire ce fanatisme devront être implacablement combattus, à nouveau jusqu’au vote populaire si nécessaire.


PIERRE-YVES MAILLARD, Conseiller d’Etat vaudois

Commentaires

Donc le Président du gouvernement Vaudois dénonce la hausse des prix à l'étranger causée essentiellement par les éoliennes et c'est lui-même qui demande de réduire les procédures pour implanter ces machines au mépris des population. Bizarre !

Écrit par : Charles-André | 10/11/2013

si vous pensez que c'est avec des éoliennes et du solaire que l'on va devenir indépendant en Suisse, c'est grave !Bien plus, c'est les flots incontrôlés d'énergie éolienne et solaire allemande outrageusement subventionnée par les seuls ménages ordinaires allemands, qui ont maintenant l'électricité la plus chère d'Europe, qui ont fait baisser les prix sur le marché de gros, mettant en danger les barragistes suisses qui produisent aux alentours de 10 cts et perdent leurs clients ! Mme Leuthard est allée en toute inconscience se plaindre auprès des instances européennes de cette concurrence déloyale de l'Allemagne alors qu'en Suisse, elle suit diaboliquement le modèle allemand en augmentant toujours plus les taxes sur l'électricité pour payer la future très faible mais très chère électricité éolienne ravageuse de nos derniers territoires encore sauvages.. Subventionner l'énergie dans une économie de marché, alors que le prix de l'énergie est l'essentiel, est une véritable hérésie, erreur que ne commettrait pas un étudiant en économie de 1ère année. Vous avez raison de souligner qu'heureusement, le bon sens du souverain a évité l'explosion des prix, mais il faudrait qu'on en tienne compte plutôt que de céder aux pressions des lobbies !
Enfin, si mes souvenirs sont exacts, c'est vous qui préconisez de supprimer les procédures de recours pour installer des éoliennes ! c'est à se demander si vous avez conscience de vos contradictions !
L'indépendance énergétique suisse est une vue de l'esprit sauf à se mettre à faire des trous partout pour trouver gaz conventionnel ou non; sortir du nucléaire impose le retour à la flamme avec du gaz que nous n'avons pas chez nous; pour l'instant, nous n'avons pas encore inventé le mouton à cinq pattes de l'énergie et d'après les scientifiques qui ne sont guère interrogés sur le sujet, ce n'est pas pour demain, ni même pour après-demain; enfin, vous semblez ignorer que l'Europe est dans une situation de totale surcapacité de production électrique; des centrales flambants neuves, dont nous avons besoin pour faire face aux pics de consommation, ont été fermées, devenues non rentables à cause de la concurrence des renouvelables qui ont priorité sur le réseau ! à bientôt pour le black out cet hiver si jamais il vient une période de grands froids !

Écrit par : chapuis | 10/11/2013

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