24/11/2013 09:31 | Lien permanent | Commentaires (1)

Violence et religion

 

 
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Il y a quarante ans, le dogme positiviste était largement accepté: la religion va disparaître, en commençant par les pays «développés». Puis la religion est redevenue intéressante. Un enseignant parisien constatait il y a une vingtaine d’années que ce n’était plus la politique qui intéressait ses étudiants et la religion qui les ennuyait, mais l’inverse (j’aimerais mieux qu’on s’intéresse aux deux).

De quel «retour» s’agit-il toutefois? J’y trouve bien sûr des aspects positifs, mais il y en a un qui est inquiétant: la religion revient sur le devant de l’actualité aussi parce qu’elle est liée à des conflits. La mémoire des guerres de religion a été réactivée: Irlande du Nord, ex-Yougoslavie, Liban, Afghanistan, Irak, Sud-Soudan, etc. Une émission de TV anglaise a fait sa publicité sur le thème: dans un monde sans religion, les tours du World Trade Center domineraient encore Manhattan.

C’est un fait: il y a une composante religieuse dans des conflits. On y trouve toujours d’autres composantes, qui y sont mêlées (intérêts politiques et économiques). Le fait qu’il soit parfois facile d’utiliser les croyances religieuses des gens à des fins détournées ne plaide pas en faveur de leur religion.

Ceci étant bien admis, peut-on aisément se convaincre qu’un monde sans religion serait moins violent? Le philosophe athée André Comte-Sponville a répondu à cette question, dans son manifeste «L’esprit de l’athéisme»: «Ce n’est pas la foi qui pousse aux massacres. C’est le fanatisme, qu’il soit religieux ou politique. C’est l’intolérance. C’est la haine. Il peut être dangereux de croire en Dieu. Voyez la Saint-Barthélemy, les Croisades, les guerres de religions, le Djihad, les attentats du 11 septembre 2001… Il peut être dangereux de n’y pas croire. Voyez Staline, Mao Tsé-Toung ou Pol Pot… Qui fera les totaux, de part et d’autre, et que pourraient-ils signifier? L’horreur est innombrable, avec ou sans Dieu. Cela nous en apprend plus sur l’humanité, hélas, que sur la religion.» Nous avons des scènes de guerres préhistoriques dont le lien avec une religion n’est pas du tout évident…

Si l’on se bat pour quelque chose ou quelqu’un, c’est souvent qu’on y accorde de l’importance: on se bat pour ne pas le perdre. Cette lutte peut être saine tant qu’elle ne débouche pas sur la violence. Dans une société parfaitement aseptisée, on enlèverait tout ce qui suscite l’intérêt ou la passion pour éviter les risques collatéraux. Pourtant on peut imaginer d’éviter les risques sans perdre les avantages.

Comment éviter la violence religieuse? Je peux répondre d’un point de vue chrétien, en invitant les autres religions à donner leur propre réponse. Si des chrétiens sont violents au nom de leur foi, dans cette mesure ils ne sont pas suffisamment chrétiens. Parfois nous sommes renvoyés à l’essentiel par ceux-là même qui nous critiquent, comme Voltaire dans son «Traité de la tolérance»: «Si vous voulez ressembler à Jésus-Christ, soyez martyrs, et non pas bourreaux.»

Il y a eu, il y a et il y aura toujours des chrétiens violents, parce que les chrétiens sont des hommes. Mais que seraient ces hommes s’ils ne s’inspiraient pas depuis des siècles des paroles de Jésus: «Vous avez entendu qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien! moi je vous dis: Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs»? Il y a peu de phrases plus typiques du christianisme. Le monde sera-t-il meilleur si on perd cette perspective?

Mgr Charles Morerod, Evêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg

 

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Écrit par : Lukas W. | 24/11/2013

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