01/12/2013 10:09 | Lien permanent | Commentaires (1)

Faut-il désespérer du Valais?

cercle.jpgAu fond, ce Valais, on l’adore car l’on s’en fait une image plaisante. Là-bas, dans les montagnes, au-delà du défilé de Saint-Maurice. Beaux paysages, cimes étincelantes, glaciers sublimes. Ciel bleu que traverse parfois la lente procession des nuages. Loin des brouillards opaques.

Et ces habitants? Authentiques, durs à la tâche. Fiers, avec du caractère et de l’honneur. Voilà qui nous change des indifférents et des mous, sans aspérités ni contours. Mais que disent en eux-mêmes les Valaisans? Partagent-ils cette opinion, ou se réfugient-ils dans leurs pensées, devinant trop ce qu’ils sont et doivent à autrui? Aiment-ils entendre le langage de la vérité?

C’est vrai qu’en Valais, voie de passage dans les Alpes, beaucoup de choses sont venues d’ailleurs. Même le vin, breuvage sacré, communion des vivants et des morts. Les institutions? Au moment de leur réforme, rappelons le rôle de la France et de la Confédération dans l’instauration de l’égalité, de la démocratie représentative et des droits populaires. La démographie et l’économie? Peut-on ignorer l’apport des Suisses et des étrangers à notre culture et à notre prospérité? Ils ont rompu l’enchantement d’une misère séculaire. Que serait le Rhône sans les subsides fédéraux? Et les routes, les trains et les tunnels? Les banques, le commerce, les barrages et les grandes usines centenaires sans les cadres et les capitaux extérieurs?

Même pour l’évêque, on attendra la décision du Vatican avant de connaître qui montera sur le trône de saint Théodule. Encore un lambeau de pouvoir abandonné sans nostalgie: jusqu’en 1919, la Diète, puis le Grand Conseil avait compétence pour l’élire. Mais cette magistrature morale, quel poids a-t-elle encore dans un diocèse à la pratique en baisse, au message évangélique frileux, malgré d’admirables modèles de vie? Et Le Nouvelliste , principal quotidien du canton, moniteur de la pensée et des mœurs depuis 1903? Qui semblait trouver bien agréable, ces jours, la nouvelle répartition du pouvoir. Son capital appartient désormais au groupe de presse français Hersant, et son destin en dépendra.

Tout cela pour dire, en définitive, combien sont dépendantes, et à la peine, ces 320 000 âmes. Mais des lueurs brillent dans les villes du Bas-Valais, grâce à des politiques de développement global, de mobilité, de formation. De Sierre à Martigny, on ose et on entreprend. Le Chablais attend sa grande fusion, il a tant d’atouts à jouer. Bientôt Monthey s’installera sur la ligne du Simplon rénovée, et l’A9 reliera Brigue: le Vieux-Pays tiendra dans une main, plus dense. Aux côtés d’une politique de la montagne durable, combinant environnement, tourisme, paysannerie et énergie, c’est dans la plaine que se jouera une belle part de l’avenir du canton. Une plaine ouverte à Lausanne, à Genève, à Thonon, qui retrouvera sa place légitime dans les Conseils de la nation. Et pourquoi le Haut-Valais n’enrayerait-il pas sa crise démographique et son attraction vers Berne? Mais veut-il vraiment devenir le prolongement actif et bilingue d’un arc lémanique en plein essor?

Condition essentielle, il faudra revoir nos comportements politiques. Dompter les régionalismes, arrêter de se prosterner devant l’Homme providentiel qui peut tout et sait tout, dominant un collège sans ressort. Cesser la comédie d’un Valais traditionnel, à la civilisation chrétienne intacte, aux signes ostentatoires avec ses crucifix obligatoires, et le rétablissement de la peine de mort. Oui, il faudra revenir à plus de raison et à plus de tolérance, renouer avec la Suisse, dans le respect du fédéralisme. Le XXIe siècle nous ouvre ses bras!


PHILIPPE BENDERCOURTHION, Historien, Fully (VS)

Commentaires

Monsieur Philippe Bender-Courthion,

C'est avec intérêt et plaisir que j'ai lu votre chronique sur le Valais. Votre analyse d'aujourd'hui tranche avec celles professées tant de fois ces derniers temps par vos compatriotes, notamment les politiciens, qui jouent toujours la même partition des victimes et des incompris et vouent aux gémonies le reste de la Suisse.
En qualité de Vaudois réformé, j'apprécie beaucoup votre canton. J'y séjourne aujourd'hui plus du tiers de mon temps dans un village d'une vallée encore préservée après avoir quitté le bling bling de plus en plus insupportable de Verbier. J'y ai noué d'excellents contacts avec les autochtones. Mais ces liens sympathiques ont toutefois une limite. C'est difficile de défendre un point de vue qui n'est pas partagé par la majorité. La tolérance est souvent égale à zéro. Et l'insulte fuse souvent dans la bouche de celui avec qui vous aviez une bonne relation.
Je me demande pour quelle raison plus d'un Valaisan ne supporte pas le débat. Et je me permets d'avancer que c'est peut-être parce qu'il se trouve encore à l'âge de la "démocratie majoritaire" où celle-ci sert à prendre le pouvoir et à ignorer l'opposition comme, c'est un peu exagéré, je l'avoue, les présidents islamistes d'Egypte et de Tunisie. Pour ma part, je suis adepte de la "démocratie participative" qui tient compte d'autres points de vue. Cela me semble plus équilibré et mène à la sagesse des compromis. Cette forme de démocratie qui a lieu presque partout en Suisse, notamment dans mon canton, apporte d'excellents fruits. Ne serait-ce pas une voie que pourrait enfin choisir le Vieux Pays pour accepter l'autre qui pense différemment, chez lui et en dehors du canton ?
Je sais que c'est une délicate question, d'autant plus que d'aucuns en Valais et ailleurs souhaitent que les Valaisans demeurent les Corses de la Suisse. C'est peut-être sympa mais, à mon avis, cela ne va pas au-delà du folklore. Mais je me la pose à la suite de votre courageux point de vue.

Avec les salutations de quelqu'un qui apprécie votre canton et ses habitants,

Jacques Vallotton

Écrit par : jacques vallotton | 01/12/2013

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