12/01/2014 09:57 | Lien permanent | Commentaires (0)

Démographie et immigration: une coupable désignée, la prospérité

 
La publication en novembre des résultats de la Statistique structurelle des entreprises 2011 par l’Office fédéral de la statistique est passée largement inaperçue. Pourtant, cette enquête apporte des réponses claires à une question récurrente en ces temps de campagne sur l’initiative contre l’immigration de masse: pourquoi la Suisse vit-elle une telle croissance démographique?
 
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Réponse: parce que l’économie suisse fait preuve d’une santé éclatante depuis l’entrée en vigueur complète des bilatérales, en 2005. En six ans, elle a gagné 393 000 emplois en équivalents plein-temps, à un rythme de 1,8% par an. C’est un chiffre énorme, et plus encore lorsqu’on considère que même durant les pires années de la crise financière, l’économie suisse a créé de l’emploi: pour être précis, 124 000 entre 2008 et 2011.
393 000 emplois créés en six ans: impossible d’y faire face à l’interne, même en mobilisant à fond la main-d’œuvre locale – ce qui est d’ailleurs fait: en Suisse, 58% de la population est active, contre 52,5% en Allemagne, 46,5% en France, 43% en Italie. La progression de l’emploi est si forte que même l’immigration n’y suffit pas, d’où l’explosion du nombre de frontaliers constatée ces dernières années.
 
Cette création d’emplois se concentre dans quelques grands domaines du tertiaire, dont deux sont à très haute valeur ajoutée: la gestion d’entreprise, le consulting, la finance et le négoce d’une part, qui gagnent 100 000 emplois, et les hautes technologies d’autre part, qui enregistrent 80 000 emplois supplémentaires. Cette réorientation massive de notre économie vers les secteurs les plus mondialisés s’accompagne d’un fort développement des services de support: conciergerie, sécurité, etc., et des services personnels: restauration, culture, loisirs, soins. En tout, 110 000 emplois de plus. Enfin, la hausse des besoins d’une population qui vieillit entraîne la croissance du secteur de la santé et des activités sociales, qui ont gagné 80 000 emplois depuis 2005. On le voit: si les secteurs en croissance sont nettement définis, ils s’adressent à toutes les couches de la population, et pas seulement aux hyperqualifiés ultramobiles.
 
Ces nouveaux emplois de la prospérité suisse sont clairement métropolitains. Sur vingt-six cantons, seulement six tirent le pays vers le haut: Zoug, Obwald, Vaud, Genève, Zurich et Schwytz. Obwald excepté, ils sont au cœur des deux grandes régions métropolitaines du pays. Ce sont aussi les cantons qui connaissent la poussée démographique la plus forte du pays, et cinq d’entre eux font partie des sept contributeurs nets de la péréquation
intercantonale. Un hasard?
 
Franchement: notre croissance économique est tout bonnement miraculeuse. Elle crée des emplois en très grand nombre, dans les secteurs les plus porteurs de l’économie en particulier, mais pas uniquement. Si elle se localise principalement dans les métropoles, son dynamisme profite à tout le pays par le biais de la péréquation. Et c’est bien elle qui entraîne la croissance démographique du pays, puisqu’elle se porte avant tout dans les cantons à forte croissance économique.
 
Il existe donc un lien indubitable entre croissances démographique et économique. Lutter contre l’une, c’est torpiller l’autre. Dans une Europe sinistrée par le chômage et la stagnation, il faut quand même une bonne dose de mauvaise foi pour oser affirmer que le problème principal du pays, c’est… un excès de prospérité.
 
Pierre Dessemontet
Géographe, cofondateur de MicroGIS, conseiller communal PS à Yverdon

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