26/01/2014

Financer l’avortement:un choix de société

Seydoux-Christe%20.jpgBeaucoup de choses ont déjà été dites et écrites sur l’initiative populaire «Financer l’avortement est une affaire privée». Certains points méritent néanmoins une attention particulière.

D’une part, il faut insister sur le fait qu’en adoptant par 72,2% le régime du délai le 2 juin 2002, les votants ont également approuvé une adaptation de l’art. 30 de la LAMal prévoyant la prise en charge des interruptions de grossesse par l’assurance-maladie obligatoire. Il est donc faux de prétendre que les citoyens de ce pays n’auraient pas été dûment informés.


D’autre part, la Commission nationale d’éthique pour la médecine humaine (CNE), qui s’est prononcée à l’unanimité en faveur du maintien de la législation actuelle, estime que le titre même de cette initiative est trompeur. En effet, le projet de nouvel art. 117, al. 3 de la Constitution fédérale prévoit que «sous réserve de rares exceptions concernant la mère, l’interruption de grossesse et la réduction embryonnaire ne sont pas couvertes par l’assurance obligatoire». Or le titre de l’initiative n’indique absolument pas que les dispositions en question s’étendent aussi à la réduction embryonnaire! La CNE «souligne que ces deux situations sont totalement différentes sur le plan éthique. La réduction embryonnaire ne vise pas à interrompre une grossesse, mais au contraire à la mener à terme, même si c’est avec un nombre réduit d’embryons ou de fœtus. Les grossesses multiples représentent un danger important non seulement pour la santé des futures mères, mais aussi pour celle des fœtus, qu’elles exposent en particulier au risque de prématurité, avec toutes les complications qui en découlent. La réduction d’une grossesse multiple de haut rang correspond toujours à une indication médicale et vise donc à protéger la santé de la mère et le bien-être des enfants à naître» (Prise de position No 21/2013).


Pour ces motifs déjà, cette initiative populaire doit être rejetée.
Ensuite, cette initiative populaire intervient dans un contexte plus large, notamment aux Etats-Unis et dans plusieurs pays de l’UE, où l’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) et à des soins de qualité est rendu plus difficile. Le récent projet de loi du gouvernement conservateur espagnol, qui prévoit de passer d’un régime des délais à un régime d’exceptions, en est une illustration.
En Suisse, une nouvelle initiative populaire, intitulée «Protéger la vie pour remédier à la perte de milliards», est en cours de récolte de signatures et a notamment pour objectif d’interdire les IVG.
Cela démontre bien que les questions relatives à l’avortement ne sont pas qu’une affaire privée, mais dépendent d’un choix de société.
Or on sait que les législations restrictives ne réduisent pas le nombre d’avortements, mais poussent les femmes en situation précaire à interrompre leur grossesse dans des conditions susceptibles de mettre leur santé, voire leur vie, en danger.


Il faut par ailleurs également s’interroger sur le sort des enfants nés d’une grossesse non désirée, alors que de nombreuses études démontrent que le fait de ne pas avoir été désiré peut prédisposer un enfant à être maltraité…
En attaquant la prise en charge des IVG par l’assurance-maladie obligatoire, les partisans de l’initiative populaire concernant le financement de l’avortement s’en prennent en réalité au régime du délai, qui a fait ses preuves. Le taux d’IVG dans notre pays n’a en effet pas augmenté et est faible en comparaison internationale.


Il est temps de réaffirmer le droit de toutes les femmes à obtenir une interruption de grossesse sûre et accessible. Je voterai non le 9 février 2014.

ANNE SEYDOUX-CHRISTE, Conseillère aux Etats (PDC/JU)

19/01/2014

L’ouverture comme signe de confiance en nous

BROULIS_Pascal.jpgLe peuple suisse a déjà dit trois fois «oui» à la libre circulation. En 2000 en approuvant les accords bilatéraux avec l’Union européenne; en 2005 et 2009 en approuvant leur élargissement. Le 9 février prochain il aura à confirmer une nouvelle fois ce choix face à l’initiative dite «Contre l’immigration de masse».
 
La campagne a permis de souligner, comme prévu, l’apport de la libre circulation à notre prospérité, sa contribution à notre croissance. Les statistiques sont parlantes, les graphiques pertinents. J’aimerais pourtant laisser un instant les chiffres de côté et considérer la question autrement, sous l’angle de ce choix qui résume toute l’initiative: l’ouverture ou l’isolement.
 
Eh bien, l’isolement ne me tente pas. J’ai beau y réfléchir, je ne lui vois pas d’avenir. Il n’y a pas de murailles qui n’aient été franchies, contournées ou délaissées pour cause d’inutilité. Comme l’ont été les contingents de travailleurs que l’initiative entend réintroduire. Ils ont été abandonnés pour la libre circulation car ils ne correspondaient plus à l’interconnexion des économies, à l’accélération des échanges. Or, la vie des peuples s’est toujours nourrie d’échanges et les périodes d’isolement ont été des périodes de recul. Ce n’est pas en fermant la porte, en tournant le dos, qu’on trouve des solutions.
Je choisis l’ouverture. Je la choisis parce qu’elle offre de l’élan, qu’elle favorise les initiatives, qu’elle porte l’esprit d’entreprise. Je la choisis en sachant qu’elle est exigeante, que les Cantons et la Confédération devront redoubler d’attention et renforcer les mesures d’accompagnement déjà en vigueur. Je choisis l’ouverture en connaissance de cause, sachant qu’elle n’est pas à tous vents, puisqu’elle est réservée aux travailleurs et qu’elle a fait dans ce domaine la preuve de son efficacité. C’est ici que les places de travail sont créées, que les entreprises embauchent et se développent.
Enfin et surtout, je choisis l’ouverture parce qu’elle traduit ma confiance dans notre système suisse. Je crois en ses équilibres. Je me réjouis de les voir reconnus à l’étranger, comme en témoigne le reportage approfondi consacré fin décembre par une grande chaîne de télévision française (France 2) au «miracle suisse».
Politiquement, ma confiance repose sur deux piliers qui sont le fédéralisme et la démocratie directe. Le fédéralisme garantit la rapide détection et la prise en compte concrète, proche des attentes populaires, des difficultés qui peuvent se présenter. Les cantons ont une latitude d’action et la capacité de se faire entendre de la Confédération, qui doit les associer à la préparation des décisions de politique extérieure affectant leurs compétences. La démocratie directe c’est la surveillance des citoyens, le verdict des urnes au terme d’initiatives ou de référendum, l’obligation pour les élus d’expliquer leurs choix… comme je le fais aujourd’hui dans ce billet.
 
Je n’ai pas moins confiance dans notre économie. Notamment grâce aux apprentissages elle sait intégrer les jeunes, qui entrent plus facilement ici qu’ailleurs dans le marché du travail. Et tant qu’elle saura allier souplesse et partenariat social sa compétitivité sera au rendez-vous.
S’ouvre celui qui est sûr de lui, qui connaît ses valeurs et leur portée, qui y adhère. Cela sans arrogance, sans volonté de les imposer, mais avec la conscience de leur poids et de leur efficacité. Alors, restons ouverts, et ce sera mon vœu pour 2014.
 
Pascal Broulis, Conseiller d’Etat (VD/PLR)

12/01/2014

Démographie et immigration: une coupable désignée, la prospérité

 
La publication en novembre des résultats de la Statistique structurelle des entreprises 2011 par l’Office fédéral de la statistique est passée largement inaperçue. Pourtant, cette enquête apporte des réponses claires à une question récurrente en ces temps de campagne sur l’initiative contre l’immigration de masse: pourquoi la Suisse vit-elle une telle croissance démographique?
 
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Réponse: parce que l’économie suisse fait preuve d’une santé éclatante depuis l’entrée en vigueur complète des bilatérales, en 2005. En six ans, elle a gagné 393 000 emplois en équivalents plein-temps, à un rythme de 1,8% par an. C’est un chiffre énorme, et plus encore lorsqu’on considère que même durant les pires années de la crise financière, l’économie suisse a créé de l’emploi: pour être précis, 124 000 entre 2008 et 2011.
393 000 emplois créés en six ans: impossible d’y faire face à l’interne, même en mobilisant à fond la main-d’œuvre locale – ce qui est d’ailleurs fait: en Suisse, 58% de la population est active, contre 52,5% en Allemagne, 46,5% en France, 43% en Italie. La progression de l’emploi est si forte que même l’immigration n’y suffit pas, d’où l’explosion du nombre de frontaliers constatée ces dernières années.
 
Cette création d’emplois se concentre dans quelques grands domaines du tertiaire, dont deux sont à très haute valeur ajoutée: la gestion d’entreprise, le consulting, la finance et le négoce d’une part, qui gagnent 100 000 emplois, et les hautes technologies d’autre part, qui enregistrent 80 000 emplois supplémentaires. Cette réorientation massive de notre économie vers les secteurs les plus mondialisés s’accompagne d’un fort développement des services de support: conciergerie, sécurité, etc., et des services personnels: restauration, culture, loisirs, soins. En tout, 110 000 emplois de plus. Enfin, la hausse des besoins d’une population qui vieillit entraîne la croissance du secteur de la santé et des activités sociales, qui ont gagné 80 000 emplois depuis 2005. On le voit: si les secteurs en croissance sont nettement définis, ils s’adressent à toutes les couches de la population, et pas seulement aux hyperqualifiés ultramobiles.
 
Ces nouveaux emplois de la prospérité suisse sont clairement métropolitains. Sur vingt-six cantons, seulement six tirent le pays vers le haut: Zoug, Obwald, Vaud, Genève, Zurich et Schwytz. Obwald excepté, ils sont au cœur des deux grandes régions métropolitaines du pays. Ce sont aussi les cantons qui connaissent la poussée démographique la plus forte du pays, et cinq d’entre eux font partie des sept contributeurs nets de la péréquation
intercantonale. Un hasard?
 
Franchement: notre croissance économique est tout bonnement miraculeuse. Elle crée des emplois en très grand nombre, dans les secteurs les plus porteurs de l’économie en particulier, mais pas uniquement. Si elle se localise principalement dans les métropoles, son dynamisme profite à tout le pays par le biais de la péréquation. Et c’est bien elle qui entraîne la croissance démographique du pays, puisqu’elle se porte avant tout dans les cantons à forte croissance économique.
 
Il existe donc un lien indubitable entre croissances démographique et économique. Lutter contre l’une, c’est torpiller l’autre. Dans une Europe sinistrée par le chômage et la stagnation, il faut quand même une bonne dose de mauvaise foi pour oser affirmer que le problème principal du pays, c’est… un excès de prospérité.
 
Pierre Dessemontet
Géographe, cofondateur de MicroGIS, conseiller communal PS à Yverdon

05/01/2014

Mais où va la France?

PMFavre.jpgLa question devient lancinante. Certes, on ne demande pas au président Hollande d’être l’ombre de De Gaulle. Et pourtant, les temps se prêteraient justement à la prise de décisions radicales à la Gerhard Schröder, seules en mesure de permettre au bateau France de tenir le cap et non pas de prendre l’eau, chose possible pour une nation disposant d’une omnipotence étatique, même s’il est toujours difficile de faire front avec cette étrange culture de la grève…


 
Nous aimons ce cher pays voisin. Et nous sommes meurtris d’observer une lente descente aux enfers, sans qu’aucune décision sérieuse, efficace et logique ne soit prise.
 
Le gouvernement a promis d’alléger l’invraisemblable appareil législatif hexagonal, encombré d’articles de lois qui s’empilent les uns sur les autres. Rien ne se passe… bien au contraire. On met, tout petit exemple, en place une loi et un comité pour vérifier que les «artistes» qui œuvrent dans les couloirs du métro parisien sont de qualité!!!
 
On institue un péage pour une promenade sur le pont du Gard (construit par les Romains…).
On permet à la jeune Leonarda de donner son avis au sujet du ministre français de l’Intérieur. Et le chef d’Etat demande qu’on s’occupe de trouver un appartement pour les parents de la jeune fille, et lui assurer les cours de français qu’elle séchait largement lorsqu’elle était du côté de Montbéliard.
 
Le Ministère annonce une baisse du chômage et avoue peu après que les sources statistiques étaient fausses. Les ravages des licenciements dus à la fermeture d’usines se développent et le chef de l’Etat continue de garantir une prochaine inversion de la courbe des sans-emploi…
 
Le chef des Armées intervient au Mali extrêmement tardivement. De même, il laisse d’abord des bandits islamistes envahir la Centrafrique, y semant la terreur, au lieu de les stopper avant les massacres en n’intervenant que dix mois trop tard.
 
Laurent Fabius a tenté de saboter un accord avec l’Iran qui devrait permettre de calmer les tensions au Proche-Orient.
 
Des réformes fiscales sont étudiées, sans alléger les innombrables niches et avantages fiscaux de plusieurs castes.
 
Les fameuses et désastreuses 35 heures demeurent intouchables, tandis que les petites entreprises sont écrasées par de nombreux nouveaux impôts.
 
De fabuleux contrats de vente du trop excellent Rafale sont régulièrement annoncés et à chaque fois démentis. Et c’est maintenant le petit Gripen qui suffira aux Brésiliens: ils n’ont pas besoin de haute technologie pour contenir l’Argentine et le Chili!
 
Et maintenant, la Suisse, elle pragmatique, devient un bouc émissaire un peu facile pour nos excellents voisins, qui jamais ne s’attaqueront de la même manière à Singapour, par exemple…
 
Bref, nous souhaitons tous une France fière et prospère qui reste une très grande nation disposant de tous les atouts. On ne peut donc que déplorer ce qui nous apparaît comme des décisions contre-productives et souhaitons chaleureusement un tournant, par une prise de conscience collective enfin favorable au plus beau pays du monde!
 
Pierre-Marcel Favre, éditeur

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