02/02/2014 10:55 | Lien permanent | Commentaires (0)

L’initiative UDC? Une catastrophe pour le monde hospitalier

LEYVRAT_1.jpgLe CHUV emploie environ 10 000 collaborateurs pour assurer ses missions et soigner notre population. 42% d’entre eux sont des étrangers et 6% des frontaliers. Sur les 114 nationalités qu’ils représentent, une grande majorité provient de l’espace européen. Ils sont tout simplement indispensables non seulement directement pour soigner nos malades mais aussi pour faire fonctionner l’hôpital dans les 100 métiers qu’il emploie. Comment sans eux pourrions-nous prendre en charge décemment les 45 000 hospitalisations annuelles et les 2500 consultations journalières? Comment, si nous devions nous soumettre à un système de contingentement comme l’exige l’initiative UDC, les Vaudois, qui représentent 80% de notre patientèle, seraient-ils soignés?

Aujourd’hui, même si nous veillons régulièrement à adapter nos effectifs en fonction des besoins croissants, nos collaborateurs sont déjà débordés. Pour assurer le renouvellement des postes et assurer les tournus de formation, nous engageons 1200 collaborateurs chaque année. Dans ces conditions, comment gérerons-nous les ressources humaines si nous n’avons plus la liberté de recruter et devons nous soumettre à un système de quotas contraignants?
 
Force est de constater que notre système de santé suisse est fragile et dépend trop fortement de la main-d’œuvre étrangère. C’est un fait dont tout le monde a pris conscience. Les autorités politiques, les écoles et les Facultés de médecine réagissent: les campagnes de promotion des métiers de la santé n’ont jamais été si nombreuses, les écoles de soins n’ont jamais été aussi attractives et les Facultés de médecine conjuguent leurs efforts pour former toujours plus de médecins. Cet effort collectif est indispensable. Il est en marche et on commence à en voir les effets. Il va prendre du temps. Ce n’est pas le moment de casser cet élan par des mesures brutales qui ébranleraient notre système de santé tout entier.
 
Par ailleurs, il faut se rappeler que la médecine n’a pas de frontière, qu’elle est mondialisée et que nos professionnels suisses ont un besoin vital pour se former de voyager et d’avoir accès à des expériences plus vastes que celles qu’ils peuvent acquérir dans notre petit pays. Qu’adviendra-t-il de ces échanges si de notre côté nous nous enfermons dans une attitude protectionniste? Comment nos voisins réagiront-ils? Accepteront-ils toujours nos professionnels avec la même générosité?
Pour le directeur d’un hôpital universitaire que je suis, l’acceptation de cette initiative serait une catastrophe non seulement à court terme pour toute notre population mais à plus long terme pour toute la médecine suisse.
 
Pierre-François Leyvraz, directeur général du CHUV, à Lausanne

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