23/02/2014 09:47 | Lien permanent | Commentaires (0)

Création ou évolution?

Morerod_Charles.jpgCréation ou évolution? Cette question mal posée fait fureur dans les écoles américaines depuis près d’un siècle, et le mouvement créationniste (dont l’une des variantes est connue sous le nom de «Jeune-Terre») la pose maintenant dans certaines écoles suisses romandes. Une question que posent à leur manière tant les créationnistes que les évolutionnistes. Car on peut brandir le drapeau de la création pour refuser l’évolution, ou brandir le drapeau de l’évolution pour refuser la création. Ces deux faces d’une même question témoignent toutes deux d’une confusion compréhensible mais inutile.
 
On pourrait penser que la confusion vient du fait que certains partent d’un point de vue religieux en connaissant mal le terrain scientifique, et d’autres d’un point de vue scientifique en connaissant mal le terrain religieux. En fait, dans les deux cas, c’est le terrain religieux qui est mal connu.
 
Dans un discours prononcé en 1996 à l’Académie pontificale des sciences – dont l’actuel président, Werner Arber, est un Suisse protestant et Prix Nobel de chimie – le pape Jean-Paul II a cité son prédécesseur Pie XII, qui avait déjà affirmé en 1950 que création et évolution ne sont pas incompatibles: le Créateur ne pourrait-il utiliser la nature elle-même pour amener le monde à être ce qu’il est? Une question sur laquelle les théologiens étaient divisés au temps de Darwin. Jean-Paul II explique que l’évolution est bien confirmée scientifiquement et que, si on la comprend bien, elle ne s’oppose nullement à la foi en la création. Il affirme le critère fondamental que la vérité ne peut s’opposer à la vérité: ce qui est vrai scientifiquement ne peut contredire ce qui est vrai religieusement (c’est là un principe affirmé avant tout par S. Thomas d’Aquin). Pour comprendre cette absence de contradiction, il faut bien saisir ce que signifient évolution et création.
Dans le premier cas, l’évolution ne traduit pas, comme le rappelle Jean-Paul II, l’idée de faire surgir la spiritualité de la matière. Car la foi présuppose le contraire: la matière a une origine spirituelle (en ce sens, on rejoint la question de ce qui pourrait précéder le Big Bang, conçu comme point de départ de la matière).
 
Dans le second cas, sur le plan religieux, la difficulté provient de la compréhension du rôle du facteur humain dans la révélation. En effet, on considère parfois, et à tort, que le créateur, Dieu, ne peut pas agir à travers des actions de ses créatures. Alors qu’il le peut, s’il le veut! Et on en a de nombreux exemples dans la Bible. Dieu peut évidemment agir sans les créatures, mais il ne veut pas faire un monde passif (tel un mauvais metteur en scène qui traiterait les acteurs comme des marionnettes sans personnalité).
 
Tout cela nous aide à comprendre comment Dieu nous parle à travers l’œuvre des auteurs bibliques: là encore, il veut agir à travers l’œuvre de créatures. Il y a bientôt cinquante ans, le concile Vatican II disait que les livres qui composent la Bible ont «Dieu pour auteur». Et que «Pour composer ces livres sacrés, Dieu a choisi des hommes auxquels il a eu recours dans le plein usage de leurs facultés et de leurs moyens». On voit la différence de style des auteurs, car ils parlent leur langue empreinte de leur propre culture. Pour dire que c’est Dieu qui a créé le monde, il n’était pas nécessaire de l’exprimer dans les termes de la science de deux millénaires et demi plus tard: personne n’aurait compris. Tout comme personne ne comprendrait aujourd’hui le langage scientifique des siècles à venir. S’il s’était agi d’un langage scientifique, certes, ce serait peut-être Dieu qui parlerait, mais pas par des hommes, ni pour des hommes. Par contre, le fait que ces mêmes hommes aient parlé dans les termes de leur culture ne nous empêche pas de les comprendre, et de croire…
 
Mgr Charles Morerod, évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg

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