09/03/2014 10:02 | Lien permanent | Commentaires (0)

La démocratie, un régime politique exigeant

Suzette_S.jpgLe résultat de la votation du 9 février dernier concernant l’initiative contre l’immigration de masse a déclenché la mauvaise humeur de quelques personnes. On a pu voir un placard de journal disant «J’ai honte d’être suisse», entendre M. Blocher affirmer que les Romands sont moins patriotes que les Suisses allemands, lire que certains conseillers nationaux voulaient envoyer comme ambassadeurs à Bruxelles soit M. Blocher, soit M. Maurer, bref, c’était à qui trouverait l’idée la plus sotte ou la plus insultante pour marquer sa mauvaise humeur: niveau école enfantine! La démocratie attend mieux que cela.


Par bonheur, le président de la Confédération, M. Burkhalter, est resté maître de lui. Il a tenu des propos mesurés montrant sa recherche du meilleur service possible du Pays. Merci et bravo!
La démocratie est un régime politique difficile et exigeant. Elle demande des citoyens une vraie maîtrise de soi, une capacité de dialogue et d’écoute peu conciliable avec la cacophonie sur la Toile. Facebook et autres collecteurs d’indignation favorisent peut-être la révolution, mais non pas la démocratie. Le Printemps arabe est là pour le prouver: la démocratie n’est pas synonyme de mouvements de foule, elle se concilie très mal avec les éructations sentimentales; elle est alors menacée de dégénérer en guerre des imprécations et ce risque est accru par la technique de la Toile. Il y a une responsabilité particulière des élus et des représentants des partis politiques, mais aussi des médias quand il s’agit d’éviter que des divergences d’opinions démocratiques dégénèrent en affrontements haineux.
Il était immature de la part de M. Blocher de reprocher aux Romands un manque de patriotisme, mais il est tout aussi immature de la part de certains Romands de diaboliser M. Blocher et l’UDC. C’est une manière de nier sa responsabilité. Si les opposants à l’initiative UDC ont perdu la votation, c’est parce qu’ils n’ont su ni écouter ni communiquer. L’économie est d’ailleurs une mauvaise communicatrice. Elle n’est que peu démocratique, guère patriote et par rapport à une initiative qui touchait d’abord à des sentiments, il ne fallait en tous les cas pas répondre par le seul porte-monnaie, et avec des arguments repris de 1992.


L’Union européenne, elle aussi, a montré sa mauvaise humeur en se «vengeant» sur les étudiants», sans la moindre réflexion. Comme l’UDC, elle joue beaucoup avec les sentiments; c’est peut-être la raison pour laquelle elle ne survivrait probablement pas à des votes populaires dans les différents pays membres. La campagne de 1992 sur l’EEE avait excité des haines et des passions et le Non avait provoqué dans notre pays, certes à une plus grande échelle qu’aujourd’hui le Oui à l’initiative, des haines et des mépris entre Romands et Suisses allemands. Ce phénomène étonnant mériterait d’être étudié de plus près. Pourquoi est-ce qu’une construction politique – l’Union européenne – dont le premier but était d’éviter la guerre «militaire» entre les ennemis héréditaires franco-allemands provoque des haines sociologiques aux relents de guerres civiles? Est-il possible d’écouter les citoyens de 28 pays? On y parvient à peine par rapport à 26 cantons! Alors on s’adresse aux sentiments, plus faciles à «éveiller» ou à «endormir». On fait du chantage à la jeunesse. Or la démocratie est un régime politique qui requiert un véritable respect des citoyens auxquels elle s’applique et qui meurt quand on la réduit à des querelles sentimentales.

SUZETTE SANDOZ Ex-conseillère nationale libérale vaudoise

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