16/03/2014 10:01 | Lien permanent | Commentaires (0)

Des frontières mal fichues

FAVRE-84.jpgLes frontières d’aujourd’hui sont présentées comme immuables. Alors que, pour une très grande part, elles ne sont guère naturelles et assurément la source même de graves conflits.
 
Les frontières sont, souvent, dues à des découpages impériaux ou coloniaux ou encore à des reliquats de défaites de guerre, donc plus ou moins à des conquêtes. Et elles ne tiennent pas toujours compte, par exemple, des nouveaux peuplements.
 
Le dernier casse-tête en date est bien sûr l’Ukraine. Ce pays, sous sa forme actuelle, a été créé par Nikita Khrouchtchev en 1954! Il a voulu donner de l’importance à sa patrie d’origine en lui annexant des régions plus que russes. Lorsque vous visitez la Crimée, Sébastopol ou Yalta, vous êtes réellement en Russie, avec une langue, une culture, une vision qui n’a guère à voir avec celle de leurs «compatriotes» proches de la Pologne.
 
Les Indes des Britanniques ont vu deux découpages centrifuges avec la création successive du Pakistan et du Bangladesh, sans pour autant que les problèmes du Cachemire soient résolus…
L’Irak, prétendument libéré par la volonté des Etats-Unis de refaire la carte géographique de la région, s’est maintenant retrouvé brisé en trois parties avec des Kurdes échappant complètement au pouvoir de Bagdad.
 
Les Anglais ont été les champions des découpages en créant de toutes pièces des micro-Etats servant leurs intérêts. Ainsi, le Brunei n’a pas plus de raisons d’être indépendant que les autres sultanats de Malaisie, si ce n’est qu’il repose sur un océan de pétrole. Il en est de même pour le Qatar et le Koweït, qui ne sont que des excroissances respectivement de l’Arabie saoudite et de l’Irak, séparées pour leur concentration d’hydrocarbure.
 
L’Afrique est un puzzle souvent absurde. Les exemples sont infinis. Au hasard, pourquoi la Gambie coupe-t-elle en deux le Sénégal? Pourquoi le Nord-Mali touareg devrait être gouverné de Bamako à 1500 kilomètres? La Libye est un rapprochement colonial italien de régions hostiles. L’immense Congo Kinshasa, si divers, peut-il vraiment rester un bloc uni? Plus près de chez nous, l’Espagne et la Grande-Bretagne font face à des volontés séparatrices fortes en Catalogne, au Pays basque et en Ecosse. Qui aboutiront probablement à la création de nouveaux Etats.
 
La dernière partie du XXe siècle a vu la Yougoslavie véritablement éclater en cinq parties! L’Indonésie, incroyable mais vrai, a donné l’indépendance au Timor-Est. Le colossal Soudan s’est divisé en deux. La Chine ne se départira jamais du Tibet. L’Erythrée a obtenu par une guerre effroyable sa séparation avec l’Ethiopie. Nous avons en Somalie un Etat non reconnu et détaché du nord, le Somaliland. Le Haut-Karabakh a provoqué une guerre entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, gagnée par Erevan. Entre la Moldavie et l’Ukraine se trouve un autre petit Etat pro-russe indépendant, la Transnistrie.
 
Ce sera sans doute un défi du futur de maintenir ou de réajuster une grande partie des frontières actuelles. Dans ce cadre, il est bien ridicule de tenter de nous faire croire que l’Ukraine est une unité historique. Dans les faits, ce n’est pas le cas. Et on ne voit pas pourquoi le Kosovo a pu être détaché de la Serbie et la Crimée devrait rester ukrainienne!
 
Un seul critère devrait permettre des décisions, le suffrage universel, même aux dépens d’Etats unitaires.
 
Pierre-Marcel Favre, éditeur
 

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