03/05/2014 23:39 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cercle, dimanche

Les vices cachés du SMIC le plus élevé du monde

cercle, dimancheA la veille d’un scrutin important pour l’ensemble du pays, le message des responsables politiques ne devrait pas viser à plaire, mais à dire la vérité. La dire simplement, franchement, même si celle-ci déplaît. Il doit en aller ainsi à la veille de la votation populaire sur l’initiative «sur les salaires minimums». Les chiffres laissent apparaître que 9% des salariés de notre pays touchent moins que les 4000 francs préconisés par les milieux syndicaux. Pour remédier à cette situation, ils prônent un dispositif qu’il faut bien qualifier de dogmatique et de purement arbitraire. En effet, une jauge salariale unique est une jauge salariale inique à partir du moment où elle ne fait aucun cas des spécificités propres à chaque région, aucun cas non plus entre les branches économiques concernées, aucun cas du partenariat social, et aucun cas enfin des employés peu ou pas formés et des jeunes qui seront de fait les laissés-pour-compte de cette politique aventureuse.

Les utopies du 18 mai sont bien éloignées des réalités du terrain. En votant en faveur de ce qui serait – est-il besoin de le rappeler? – le SMIC le plus élevé du monde, la Suisse résoudrait moins de problèmes individuels qu’elle n’en créerait à large échelle. On n’ose penser, par exemple, aux difficultés considérables face auxquelles se trouveraient placées notre agriculture et notre viticulture, soumises à une concurrence internationale féroce. En imposant à notre secteur primaire un salaire horaire minimum de 22 francs, l’initiative exigerait de nos paysans et de nos vignerons qu’ils rémunèrent leurs ouvriers près de 7 fois plus que leurs concurrents portugais et 5 fois plus que leurs concurrents espagnols. Si l’on voulait tuer notre agriculture de proximité, gage d’une alimentation saine, on ne s’y prendrait pas autrement. L’hôtellerie, la restauration, le tourisme, les petits artisans et bien d’autres branches encore seraient exposés aux mêmes dangers.

Et que dire de nos jeunes sans formation? En supprimant toute place de travail rémunérée en dessous de 4000 francs par mois, l’initiative leur dresserait un obstacle supplémentaire de taille sur leur chemin vers le monde du travail qui pourrait bien se révéler infranchissable. N’est-il pas préférable qu’ils puissent faire leurs preuves, même au travers d’un premier job payé 3800 francs par mois, et s’ouvrir ainsi des perspectives professionnelles, que de les en priver au nom du dogme d’un salaire à 4000 francs? C’est à ces questions concrètes, qui constituent la réalité quotidienne de bon nombre de nos concitoyens, que nous devrons répondre le 18 mai prochain.

Nous avons la chance de vivre dans un pays économiquement prospère, grandement épargné par le chômage, et tout particulièrement par le chômage des jeunes. La France, pays qui connaît le SMIC depuis 1970, enregistre un taux de chômage général près de quatre fois supérieur au nôtre et près de neuf fois supérieur pour les moins de 25 ans. Derrière ces chiffres froids se cachent de vrais drames humains. Gardons-nous de leur offrir un terrain propice chez nous. Au moment de glisser notre bulletin dans l’urne, il vaut la peine de nous interroger: sommes-nous insatisfaits de notre niveau de vie, profitable à chacun et envié par beaucoup, au point de vouloir importer un modèle qui a largement failli là où il est appliqué?

PHILIPPE LEUBA, Conseiller d’Etat vaudois

Commentaires

Mr. Leuba oublie une chose c'est que 4'000.- est un minimum vital en Suisse et tout ce qui est au dessous est de l'esclavage! (le SMIC CH est lié au niveau de chèreté CH!!!ni plus ni moins!) A moins que soit admis que les gens non-qualifiés doivent prendre 2 travails par jour (industrie le jour , nettoyage le soir) , une réalité déjà bien répandue en ville n'en déplaise "aux politiques" ou aux instruits et autres diplômés...Ou bien l'Etat doit instituer une règle a subventionner "les pauvres" avec des aides au paiements des assurances et autres charges imposées par notre structure de société.
Bien à vous , F M R

Écrit par : REBER F.Maurice | 04/05/2014

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