11/05/2014 10:36 | Lien permanent | Commentaires (0)

Pauvre débat sur le salaire des pauvres

2014-05-11_104155.jpgUn ouvrier d’usine, une vendeuse, un travailleur agricole ont-ils le droit pour un mois de travail de gagner ce que reçoit un manager de banque en moins d’un matin, un conseiller fédéral en deux jours ou un conseiller d’Etat en quatre jours? Beaucoup de managers, de conseillers fédéraux ou de conseillers d’Etat dépensent beaucoup de leur précieux temps pour expliquer que non. Je fais exception, avec quelques autres, et dirai oui.

Comme il se doit, le peuple tranchera, la tendance au non s’accentuant en même temps que le matraquage des opposants s’intensifie. Et tout est bon. Le salaire minimum provoquerait un «nivellement par le bas»! Mais, en augmentant les salaires les plus bas, il ferait aussi augmenter toute l’échelle des salaires! Si on résume, selon les opposants, cette initiative provoquerait à la fois un nivellement par le bas et un nivellement par le haut… Ils disent aussi que cette initiative provoquerait une explosion du chômage, mais en même temps qu’elle attirerait des dizaines de milliers de travailleurs étrangers. On se demande bien pour faire quoi si les emplois disparaissent, et comment fait la Suisse pour avoir un chômage si bas, elle qui a des salaires si hauts. Bref, comme à la guerre, la première victime de cette campagne, c’est sans doute la vérité.
 
Il y a longtemps qu’on a compris dans les familles qu’il faut au moins un salaire et demi pour s’en sortir. On pouvait espérer, en revanche, qu’en échange d’un travail à plein-temps un travailleur seul puisse subvenir à ses propres besoins. Non, nous répondent les opposants, il faut admettre que dans certaines branches, dans certaines régions, c’est impossible à payer.
 
Admettons. La solution serait alors de financer les compléments nécessaires à atteindre cet objectif par un léger prélèvement sur l’ensemble de l’économie pour assurer un revenu décent aux travailleurs et travailleuses des branches qui n’y arriveraient pas par elles-mêmes. La solution par le social, en somme. C’est un peu ce que le canton de Vaud, avec quelques autres, a fait en créant les PC familles, qui permettent aux ménages avec enfants qui ne s’en sortent pas avec leur salaire (dont beaucoup de familles monoparentales) de toucher des compléments garantissant en gros le niveau de vie des prestations complémentaires AVS/AI. Coût de cette mesure pour les employeurs et les employés vaudois: 0,06% du salaire, soit en moyenne 3 fr. 20 par mois.
Qu’ont dit les milieux opposés au salaire minimum quand cette solution a été proposée, y compris les associations d’agriculteurs, de maraîchers et de vignerons? Ils ont financé une campagne d’opposition démesurée, dénonçant «un impôt de plus», affichant en grand qu’ils en avaient «marre de payer» pour ceux qui les «regardent travailler». Le peuple vaudois heureusement a dit un oui massif à cette protection sociale adaptée à notre temps, y compris d’ailleurs des petits paysans ou entrepreneurs qui n’avaient pas suivi leurs organisations.
Il faut pourtant bien conclure que pour certains, dans ce pays qui regorge de tant de richesses, le fait que quelqu’un se lève tous les matins pour aller bosser sans pouvoir payer les coûts qui sont nécessaires à sa subsistance, en réalité, ne mérite pas de solution, ni salariale ni sociale. Cette affaire ne les touche pas. Dans le débat sur cette initiative, dans tous les débats sur la politique sociale, c’est cette indifférence qui fait mal et qu’il faut combattre, de toutes ses forces.
 
Pierre-Yves Maillard, Conseiller d’Etat vaudois

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