01/06/2014 10:24 | Lien permanent | Commentaires (0)

Le bal des menteurs


Brady Dougan a gagné 90 millions de francs en 2010. Septante millions en bonus et 20 millions en cash. Le sait-on assez? A l’époque, la descente aux enfers de la place financière suisse est pourtant déjà largement entamée. 90 millions, un chiffre hors norme, comme tous ceux qui seront articulés mercredi soir sur la RTS, dans «Les coulisses de l’événement»*, qui raconteront l’histoire extraordinaire de la fin du secret bancaire suisse. Ce pourrait être un roman politique ou un polar. En tout cas pas une fable pour enfant!
2014_Romaine_Jean-62709.jpgTout commence par l’appétit vorace de quelques aventuriers de la finance, aujourd’hui encore impunis. Tout se poursuit par une guerre totale, des Américains, contre une place financière concurrente, qui s’incline sans se battre. Le dernier chapitre vient de s’écrire avec l’amende record infligée au Credit Suisse: 2 milliards 600 millions. Tout est hors norme, décidément! Il apparaît très clairement, avec le recul du temps, que Washington attendait un signal, pour lancer l’attaque contre les coffres helvétiques. Il sera donné par le sauvetage d’UBS à l’automne 2008. La RTS, en collaboration avec la télévision alémanique, a reconstitué scrupuleusement la réunion clé de cette affaire, un dimanche 21 septembre 2008 au domicile privé de Philipp Hildebrand, alors vice-président de la Banque nationale. Les heures sont dramatiques, l’économie suisse aux abois, la première banque du pays menacée de faillite. Les dirigeants d’UBS rechignent mais devront plier devant les parrains de la finance et accepter d’être sauvée par l’Etat. Seul Hans Rudolf Merz est dans la confidence. Le jour même, il sera emmené aux urgences, victime d’une crise cardiaque!
Six ans plus tard, les Américains ont gagné la bataille du secret bancaire. Les banques suisses ont lourdement fraudé et lourdement payé, mais il n’est pas question de morale pour autant. La rédactrice en chef adjointe de Bilan, Myret Zaki, viendra rappeler, sur le plateau, quelques chiffres clés de cette fable. Mille six cents milliards d’avoirs américains non déclarés circulent aujourd’hui dans le monde. Une infime partie, moins de 5 pour cent, se trouvait en Suisse. A-t-on entendu Washington sur cette somme faramineuse? Le meilleur refuge des fortunes reste les trusts et sociétés de Londres ou Miami, contre lesquels rien n’est fait. Le seul combat perdu d’avance semble être la lutte contre la fraude.
«L’important n’est pas ce que tu es, mais ce que l’on croit que tu es», avait coutume de dire Joe Kennedy, qui en savait un bout sur les méthodes des banksters. Les Suisses ont cru à la fable de la lutte américaine contre l’évasion fiscale et ont capitulé. Brady Dougan n’a pas souhaité s’exprimer dans l’émission. Le CEO du Credit Suisse semble avoir le cuir épais d’un buffle texan et dit ces jours tout le bien qu’il pense de lui-même et de sa banque. On peut gagner 90 millions en un an et se taire à l’heure des comptes.
En Suisse, la FINMA a donné un simple blâme au Credit Suisse. Son président, Mark Branson, est un ancien d’UBS, empêtré à l’époque dans le scandale du Libor. Urs Zulauf, de la FINMA, a pu rejoindre, lui, le Credit Suisse. Chaise musicale!
Marie Abbet et Jacob Berger racontent la fin du secret bancaire dans l’émission. Et à la fin, comme de bien entendu, ce sont toujours les Américains qui gagnent!
«Les coulisses de l’événement», RTS, 4 juin, 20 h 10
 

ROMAINE JEAN
Rédactrice en chef de la rédaction société RTS

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