15/06/2014 09:39 | Lien permanent | Commentaires (3)

Santé: avis de tempête sur le libre choix du patient

2014-06-15_093753.jpgLa campagne sur la caisse unique est déjà bien entamée et l’été sera chaud. Rien d’étonnant à cela: avec 11% du PIB, la santé est un secteur économique très sensible, fortement réglementé et qui concerne tout un chacun. Un domaine à haute charge émotionnelle mais aussi à haute charge idéologique. Comme pour la plupart des votations sur la santé, le véritable enjeu du 28 septembre est de nature essentiellement politique. C’est l’affrontement entre une doctrine monolithique et étatique du système de santé et un ensemble des valeurs libérales et de solidarité qui constitue l’essence de notre pays et en a fait le succès. S’opposer à la caisse publique, c’est refuser de mettre un doigt de plus dans l’engrenage d’une étatisation rampante qui porte atteinte à la liberté de choix des patients, à la qualité des soins et à la stabilisation des coûts de la santé. Cet enjeu ponctuel ne doit pas occulter les nombreux autres chantiers ouverts. Par exemple celui de la planification hospitalière stationnaire, secteur où les coûts sont les plus élevés comme d’ailleurs les opportunités d’économie.

Le projet de révision de la LAMal entré en vigueur en 2012 visait à réformer de fond en comble le système du financement des hôpitaux en favorisant plus de concurrence entre tous les établissements hospitaliers, publics ou privés. Elle a introduit un peu de vent frais dans le système. La mise en œuvre appartient aux cantons en raison de leur souveraineté dans le domaine de la santé. Les patients et les prestataires ne sont donc pas régis par une politique nationale cohérente de la santé mais par 26 politiques particulières interprétées par les gouvernements cantonaux. Et il est compréhensible que les détenteurs de ce qu’il reste encore du pouvoir cantonal, soient sur les pattes arrière dans leur fonction d’exécutant et qu’ils exploitent l’entier de leur marge de manœuvre – et au-delà – pour préserver leurs prérogatives dans un domaine idéologiquement contrasté et politiquement significatif, notamment sur le plan électoral. Cumulant les casquettes de propriétaire d’hôpitaux, d’autorité de décision en matière tarifaire et sanitaire, de décideur de la planification hospitalière, de prestataire de soins et de cofinanceur du système, ils sont peu enclins à s’ouvrir à la concurrence. Plusieurs études, dont celle de Polynomics, l’ont clairement démontré.

L’exemple de l’établissement des listes hospitalières est criant: au lieu de répartir les missions entre les acteurs privés et publics existants, certains cantons préfèrent, quitte même à créer des doublons, limiter l’offre des acteurs privés pourtant meilleure marché pour favoriser le développement de ces mêmes activités dans les établissements cantonaux. Cette approche est dangereuse car elle va engorger un système public déjà plus onéreux et surchargé pour conduire à des listes d’attente encore plus longues, voir même à un rationnement des soins. De toute part, on assiste à l’introduction d’éléments protectionnistes, tels des quotas de cas maximum pouvant être pris en charge par chaque hôpital ou clinique, limitant ainsi le libre choix des patients, augmentant les coûts de la santé et créant une perte de confiance au sein de la population.
Cerise sur le gâteau, cette liberté de choix est aussi limitée par le fait que les cantons ne participent pas au financement des cliniques qui ne sont pas incluses dans la planification hospitalière, malgré que la qualité de leurs soins et leurs coûts soient souvent inférieurs aux établissements publics. Les cantons de Genève, Vaud et Zurich économisent ainsi près de 300 millions de francs sur leur dos, ce qui est manifestement abusif.

Le principal acquis mis en péril avec cette votation est le libre choix pour le patient. En effet, aujourd’hui les citoyens peuvent choisir librement un médecin, un hôpital ou une clinique dans toute la Suisse et ainsi favoriser une concurrence des établissements basée sur le principe du meilleur rapport qualité-prix. Tel ne serait plus le cas avec une caisse publique et unique.

RAYMOND LORETAN, Président du Genolier SwissMedical Network

Commentaires

Les bonnes sœurs hospitalières ayant démissionné faute de vocations ont laissé leur place à d'autres gestionnaires... Normal, rien à dire, sinon que ces derniers sont venus avec leurs œillères, qui comme les chevaux de mine d'antan, les empêchent de voir autrement que devant eux. Ils filent droit dans la ligne inscrite par le néolibéralisme vainqueur heureux d’une lutte avortée par l'implosion intelligente de l'autre extrême, implosion provoquée par ses adeptes et non des moindres.
Le néolibéralisme apporte tant à ses serviteurs qu'ils ne se posent même pas la question fondamentale la plus élémentaire relevant de la réflexion et non d'intérêts personnels. La santé est elle un commerce comme les autres? Non, Mr Lorétan. Tout simplement parce que tout commerce demande un choix (à moins que nous ne soyons dans un totalitarisme dont certains se sont intelligemment défaits contre leurs propres intérêts immédiats)que le domaine de la santé n'autorise pas:
choisit-on d'être malade comme on choisit d'acquérir un objet?
Si enfin, la gens économique se posait cette question essentielle, peut-être deviendrait-elle utile à ceux qui occupaient, bien avant qu'ils ne viennent remplacer les sœurs hospitalière, des fonctions à vocation humaine, voire humaniste. Si non, le rôle de la gens économique se restreindra toujours, à leurs yeux, au rôle de la mouche dans la fable de la Fontaine.
La réflexion sur le monde de la santé et de ses économies potentielles ne débutera que le jour où seront bannies les notions d'économie d'entreprise, de parts de marché, de croissance enfin: sortie de son adolescence bubonneuse, la gestion de la santé apportera beaucoup à l'humanité. Mais pas avant que la gens économique sera le cheval de trait de la ploutocratie, harnaché de telle sorte qu'elle ne puisse aller que tout droit dans le sens dicté par l'immédiat profit. Après seulement, nous écouterons les gestionnaires revenus de leur délire comme nous écoutions les bonnes sœurs, qui, elles, savaient tenir leur place et dont la seule ambition était de servir l'humanité, non leur carrière... et leur compte en banque!

Écrit par : Etienne Coquoz | 15/06/2014

Bon, quelques coquilles dues à un déballage spontané...

Écrit par : Etienne Coquoz | 15/06/2014

Mes félicitations pour ton blog, alors il ne reste plus qu’a publier des bons billets et intéressants surtout.

bonne continuation :)

Écrit par : deevea | 16/06/2014

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