22/06/2014 09:52 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cercle, dimanche

Quelques vérités sur la question des langues!

cercle, dimancheEn ce mois de juin, le Parlement fédéral s’est mis à bourdonner au sujet des langues en Suisse, à cause des décisions de plusieurs cantons de Suisse allemande concernant l’enseignement du français à l’école. Quelques parlementaires verraient même une intervention de la Confédération pour imposer cet enseignement. Dieu nous en préserve!
Et si nous essayions de voir calmement les éléments du problème!

Selon la Constitution fédérale, «les langues nationales sont l’allemand, le français, l’italien et le romanche». Une minorité des Suisses a, pour langue maternelle, le français, l’italien ou le romanche (quel romanche, au fait?). Et qui a pour langue maternelle l’allemand? La langue maternelle des Helvètes alémaniques est le suisse allemand (lequel, au fait?), pas l’allemand.
A ma connaissance, dans les écoles publiques en Suisse romande, on n’enseigne pas le romanche (même «standard») ni le suisse allemand (lequel d’ailleurs devrait-on choisir sans «faire de jaloux»?). On enseigne l’allemand, langue que nos compatriotes d’outre-Sarine détestent souvent pour des motifs historiques et socioculturels mais qu’ils sont obligés de parler s’ils participent à des séances officielles nationales (par exemple au Parlement fédéral) parce que c’est non seulement une langue nationale, mais, de surcroît, une langue «officielle» au sens de la loi sur les langues. A ma connaissance toujours, personne ne peut parler le romanche aux Chambres, bien que ce soit une langue nationale, parce que ce n’est pas une «langue officielle» au sens de la loi sur les langues! Et personne ou presque ne parle l’italien parce que les Tessinois, pour être compris, s’expriment en allemand ou éventuellement en français. D’ailleurs, la Confédération se préoccupe très peu de l’italien; les messages et autres textes soumis au Parlement ne sont traduits en italien que s’ils sont «très importants» et, lors de réunions officielles, il n’y a souvent pas de traduction simultanée en italien prévue, ni évidement de traduction de l’italien. Cette langue nationale – et officielle! – est censée sauvée par les subventions fédérales!

Le décor étant planté, voyons le problème: les cantons romands enseignent l’allemand comme première langue étrangère aux enfants dès les petites classes et l’anglais comme seconde langue étrangère. Plusieurs cantons de Suisse allemande ont décidé ou vont décider de n’enseigner le français que comme seconde langue étrangère, après l’anglais. «Cris de putois» du côté de la Suisse romande. On invoque une atteinte à la cohésion nationale. Quelle cohésion? Soyons logiques: si nos compatriotes d’outre-Sarine décident, par cohésion nationale, de venir faire leurs études de «master» à Lausanne, à Genève, voire au Tessin, que ce soit à l’université ou à l’EPFL, ils devront suivre une majorité de cours en anglais, donnés même par des francophones obligés de renoncer à leur langue, parce que n’est «scientifique» que ce qui s’enseigne en anglais. La tendance actuelle est de considérer qu’il n’y a d’avenir que par les études universitaires. On comprend que la première langue importante pour nos compatriotes alémaniques – qui ont l’intention plus tard, par sens de la cohésion nationale, de venir terminer leurs études en Suisse romande ou au Tessin – soit l’anglais, imposé aux étudiants et aux professeurs. Le français passera bientôt pour la langue des «cancres»!

Arrêtons de crier au scandale et parlons d’abord nous-même notre langue si nous voulons qu’elle soit respectée.

SUZETTE SANDOZ, Ex-conseillère nationale libérale vaudoise

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