29/06/2014 09:51 | Lien permanent | Commentaires (0)

Argumentaires cycliques ou l’éternel recommencement politique

 

machin truc.jpgIl est parfois des moments inquiétants dans la vie d’un politicien. Inquiétants et presque désespérants. Ainsi, occupé voici quelques mois avec les responsables politiques concernés, les acteurs de la branche et nombre d’organes administratifs compétents, à plancher sur ce qui allait devenir la nouvelle loi valaisanne sur le tourisme, acceptée en mai dernier par le Grand Conseil, j’ai eu l’occasion de mettre la main sur l’historique du débat mené lors d’un référendum tenu en 1975… au sujet d’une nouvelle loi valaisanne sur le tourisme. Ces coupures de journaux, ces argumentaires, ces prises de position, n’ont pas pris une ride. Rien. Il eût suffi de remplacer le papier, ou de retaper le tout (y compris certaines signatures) et nous avions sous les yeux le cadre presque exact du débat qui allait nous attendre, voire que nous devrons affronter de nouveau si un référendum devait être lancé. Ce qui pourrait bien être le cas, selon les informations en ma possession à l’heure où j’écris ces lignes.
 
Les opposants d’hier invoquaient les mêmes arguments qu’aujourd’hui: loi trop compliquée, trop invasive, ou à l’inverse, ne résolvant rien, ne proposant pas les bonnes solutions, etc. Mais même en me forçant à lire toutes les argumentations, d’hier comme d’aujourd’hui, il m’est réellement impossible de dire quelles meilleures solutions auraient dû être proposées…
 
Au premier abord, cette découverte peut prêter à sourire. Pourtant, la chose ne m’a paru drôle qu’un instant. Il y a plus de quarante ans, alors que beaucoup des personnes occupées à rédiger cette nouvelle loi n’étaient pas encore nées, c’était bien les mêmes idées, les mêmes concepts et, surtout, les mêmes enjeux qui étaient développés. Comme si, en quarante ans, soit nous n’avions rien appris, soit les choses n’avaient pas beaucoup évolué. Et pourtant! Chaque jour, ce que j’observe sur le terrain, c’est la force, l’engagement, la conviction des acteurs touristiques valaisans, qui entendent redonner à notre canton la place de première destination des Alpes. Chaque jour, qu’ils soient prestataires ou responsables de promotion, ce sont de vrais battants que je rencontre, fourmillant d’idées, conscients de la nécessité d’un regroupement des forces et de la recherche de meilleures synergies. Et pourtant! A l’inverse, je dois constater également que les vieux défauts valaisans ont la vie longue et que, parfois, l’idée même de parler à son voisin pour offrir la meilleure des prestations possibles n’est même pas considérée comme une option.
 
Et l’Etat dans tout cela, quel est son rôle? Aucune loi sur le tourisme ne sauvera jamais le tourisme, ni même ne résoudra tous ses problèmes. Aucune loi ne remplacera jamais l’esprit d’entreprise, l’innovation ou le risque entrepreneurial.
 
Notre responsabilité, en tant que politiques, est double, mais néanmoins limitée:
- Ne pas freiner ceux qui veulent avancer, qui en ont les moyens, les compétences et l’ambition;
- Soutenir, par des moyens adaptés et en fonction d’une stratégie claire, tous les efforts visant à améliorer globalement tant l’offre destinée aux hôtes que la plus-value engendrée dans le canton par cette importante branche économique.
 
Le cadre légal proposé se doit d’être un instrument plutôt qu’une contrainte, une incitation plutôt qu’un recadrage. Cette conscience d’une responsabilité politique clairement définie, cohérente et fondamentalement positive ne peut que nous pousser à nous employer à «rendre possible ce qui est nécessaire». Et ce ne sont pas quelques papiers jaunis ni quelques réminiscences de vieux réflexes teintés d’esprit de clocher qui vont me faire changer de cap!«
 
Jean-Michel Cina, Chef du Département de l’économie, de l’énergie et du territoire du canton du Valais
 

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