13/07/2014 09:47 | Lien permanent | Commentaires (0)

Le Tessin, ou l’épreuve de la solidarité confédérale

DESSEMONTET_1.jpgLa Suisse a bien du mal avec le Tessin. Canton mal compris et ignoré, situé au-delà des crêtes alpines et parlant une autre langue, il ne dispose que d’une douzaine de parlementaires fédéraux, et d’une présence intermittente au Conseil fédéral, d’où il est absent en l’occurrence depuis près de vingt ans.
Dernier exemple en date: dans le récent débat sur l’introduction possible d’un péage au tunnel du Gothard pour financer un second tube durant l’assainissement du premier, ouvert il y a trente-cinq ans, on aura entendu par exemple que les autres grandes traversées alpines (Brenner, Grand-Saint-Bernard, Mont-Blanc, Mont-Cenis) étaient toutes soumises à péage – oubliant qu’elles étaient situées sur des frontières internationales, comme si le Gothard, où fut fondé ce pays, était lui-même devenu une frontière. On aura aussi entendu, en Suisse romande, que c’était une excellente idée permettant de libérer des fonds pouvant ensuite être attribués à l’amélioration des liaisons autoroutières de ce côté-ci de la Sarine.
 
Le plus désolant, c’est qu’à part les Tessinois eux-mêmes, et encore bien timidement, personne ne s’est offusqué du fait qu’au plus haut sommet de l’Etat on proposait doctement de soumettre à péage le seul lien routier du Tessin avec le reste du pays durant l’hiver. Cela ne semblait poser problème à personne. C’est assez révélateur de l’attitude de la Confédération – toute la Confédération: Romands en tête! – vis-à-vis de la troisième Suisse: son avis ne compte pas, elle n’existe pas.
 
Conséquence de cette profonde indifférence pour les problèmes et les spécificités du canton transalpin, celui-ci se radicalise. Il est le canton le plus antieuropéen de Suisse, ayant joué un rôle déterminant dans le résultat du 9 février: sans le Tessin, la Suisse aurait dit non. Mais il est aussi – ça se sait moins – le canton le plus attaché à la protection et au développement de l’Etat social, devant même le Jura: sur ces sujets, les Romands, et particulièrement ceux de gauche, trouvent en Suisse italienne des alliés d’une grande fiabilité.
 
Mais, surtout, cette marginalisation de la Suisse italienne doit réveiller nos consciences – à vrai dire, elle aurait dû le faire il y a longtemps. On ne peut pas se gargariser, notamment vis-à-vis de l’extérieur, de notre pluralité culturelle et linguistique, et mépriser de telle manière les intérêts et les aspirations d’une de nos communautés nationales. C’est en définitive une question de solidarité avec une composante essentielle de notre pays. Si ce terme a encore un sens, alors nous nous devons, en tant que Suisses – et encore plus en tant que Romands: ne sommes-nous pas toujours à nous plaindre de notre statut de minoritaires –, de reconsidérer la place de la troisième Suisse dans l’ensemble de la Confédération.
 
Premièrement, il est grand temps de rendre à la Suisse italienne sa place au Conseil fédéral. Et si cela doit passer par le passage du nombre de membres de sept à neuf, soit. Et, malgré toutes nos réserves concernant l’opportunité de la construction d’un second tube au Gothard, quelles qu’en soient les conséquences aussi pour le financement de nos propres projets, dès lors qu’il s’agit d’une demande expresse du canton du Tessin – le seul canton alpin, d’ailleurs, qui ne coûte rien à la Confédération ni aux cantons contributeurs de la péréquation – par solidarité confédérale nous nous devons de le lui accorder, et basta. Et sans péage!
 
 
Pierre Dessemontet, géographe, cofondateur de MicroGIS, conseiller communal PS à Yverdon

Les commentaires sont fermés.