17/08/2014 09:48 | Lien permanent | Commentaires (0)

Il n’est pire guerre qu’une guerre de religion.

Suzette.jpgC’est sans doute à une telle guerre que des fanatiques voudraient inciter l’Occident en Irak, en persécutant systématiquement des minorités religieuses, surtout chrétiennes. Puissions-nous résister à la tentation d’intervenir «parce que ce sont des chrétiens qui sont maltraités et par des fanatiques d’une autre religion». Toute persécution de personnes est inadmissible, quel qu’en soit l’auteur. Faut-il intervenir pour l’empêcher ou essayer d’y mettre fin? C’est alors un pur problème de pesée des risques; chaque Etat intervenant peut éventuellement mettre en danger sa propre population pour en sauver une autre. L’intervention doit d’abord obéir à une règle de raison: on n’a pas le droit d’entraîner un pays dans un conflit armé par pure passion, même pas au nom d’un idéal (encore moins pour distraire sa population des problèmes internes: voir la France!). L’Histoire est riche de telles erreurs. Or ce que semblent souhaiter les «persécuteurs» d’aujourd’hui, c’est précisément de donner à la guerre un tour religieux, car ils savent que la religion peut déclencher du fanatisme dans toute population et qu’alors la raison ne pourra plus dicter la conduite des peuples.


Que des chrétiens, dans différents pays, se déclarent prêts à accueillir et aider des réfugiés chrétiens, à titre personnel, c’est parfaitement normal, c’est une solidarité naturelle, mais il ne faut pas que ce soit un choix «officiel», restrictif, au nom d’un pays. De même, il faut qu’aucun pays n’intervienne «parce que ce sont des chrétiens qui sont spécialement visés». Jusqu’à présent, la terminologie utilisée en public semble échapper à la tentation d’une guerre de religion. En effet, on désigne les auteurs des exactions contre les minorités religieuses par le terme de «terroristes» sans trop insister sur leur appartenance religieuse, et c’est tant mieux. Il est légitime de lutter contre des terroristes, quelle que puisse être leur religion, car ils représentent une menace pour toute l’humanité et l’on peut donc réunir pour cette lutte toutes sortes de personnes, sans considération de race, de religion ou de culture. Ce n’est évidemment pas ce que souhaitent ces «terroristes». Pour eux, l’idéal serait de déclencher un mouvement «chrétien» contre leur religion fanatique, car ils auraient ainsi divisé la résistance à leur force destructrice et séparé le monde occidental du monde arabe.


On sait que toute intervention américaine militaire est dictée principalement par des préoccupations économiques et stratégiques, qu’une éventuelle intervention française n’est que le moyen de détourner les Français des difficultés intérieures, mais il faut cependant que les mesures interventionnistes envisagées puissent passer dans l’opinion publique pour des interventions humanitaires. Pour cela, il faut trouver des motifs «éthiques». La lutte contre le terrorisme le plus barbare et le désir d’éviter des souffrances et des massacres en Irak sont des motifs éthiques «de couverture» valables mais qui ne convainquent pas toujours. Certains souhaiteraient qu’il y ait d’abord un motif religieux et c’est bien ce que savent les terroristes. On enlèverait alors à la guerre son aspect trivialement horrible pour revêtir les guerriers de la cuirasse de leur dieu et l’on vivrait, de chaque côté, «une guerre juste» au nom d’une valeur absolue. Il n’y a pas de «guerre juste»! Que tout soit mis en œuvre pour éviter une telle dérive!

SUZETTE SANDOZ, ex-conseillère nationale libérale vaudoise

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