21/09/2014 11:10 | Lien permanent | Commentaires (0)

Le silence indigne des assureurs

Depuis deux mois maintenant, le débat sur l’initiative pour une caisse publique fait rage. Partis politiques, cantons, associations, Confédération s’expriment, s’opposent, s’engagent pour (re)définir notre système de santé. Dans cet espace public et ouvert qui se crée à chaque scrutin populaire et qui fait la force de notre démocratie, les assureurs sont muets. Ils refusent les plateaux télé, évitent les conférences de presse et les journalistes. Ont-ils prolongé leurs vacances?

SAVARY.jpg
Je trouve ce silence lâche et indigne de notre pays et de sa population. Imagine-t-on un débat sur le salaire minimum sans pouvoir entendre les employeurs? Un vote sur la RPT sans les cantons? Un scrutin sur l’avenir du marché de l’électricité sans les électriciens? Cette désertion devrait inciter la population à modérer la confiance qu’elle accorde aux assureurs et la pousser à se demander pourquoi les caisses refusent un débat populaire sur une initiative qui traite de leurs propres dysfonctionnements. Les assureurs sont sur le banc des accusés. Qu’ils se défendent! 80 caisses et personne pour monter au front et répondre aux critiques. Il paraîtrait que les organisations faîtières des caisses ont renoncé à apparaître parce qu’elles ont une image négative dans la population. Que signifie cette esquive? Que leur silence vaut mieux que leurs arguments? Elles préfèrent éditer des publicités en papier glacé exhortant leurs membres à refuser l’initiative. Ou payer des annonces dans les médias, confondant la communication autocomplaisante à l’information. Pourquoi les responsables des caisses ne viennent-ils pas expliquer la différence entre coûts de la santé et niveau des primes? Leur modèle de sélection des risques? Les réserves indûment payées? La confusion voulue entre assurance de base et assurances complémentaires? La population ne mérite-t-elle pas des réponses avant de se prononcer?
Au lieu de ça, les assureurs envoient leurs fidèles porteurs d’eau sur les plateaux télé. Pire, ils profitent des tumultes du débat dans l’espace public et médiatique pour faire déposer ou voter des propositions au Parlement en vue de renforcer leur pouvoir. Le conseiller national Jürg Stahl, dont la référence électronique sur le site du parlement fédéral renvoie directement au Groupe Mutuel, vient de faire passer une motion en vue d’introduire la liberté de contracter. Et la loi sur la transparence de l’assurance-maladie, acceptée au forceps la semaine passée, a néanmoins été rejetée par un tiers du Conseil national, et cela alors qu’elle ne donne que de modestes instruments
de régulation au Conseil fédéral.
 
Le débat sur l’initiative pour une caisse publique révèle les lacunes du système actuel, presqu’autant que les arguments de fond. Tous les partenaires de soins sont réunis autour de la table. Les cantons, les prestataires de soins, les associations de défense des assurés et des patients, la Confédération bien sûr. Parfois ces acteurs de la santé sont d’accord, parfois ils divergent, mais le fait qu’ils débattent ensemble montre qu’ils réfléchissent ensemble. Et s’ils savent le faire dans le cadre d’un scrutin populaire, sous les projecteurs, dans l’espace exigeant du débat démocratique, c’est qu’ils sont animés de la même volonté quand il s’agit de trouver des remèdes à l’augmentation des coûts ou de réformer notre système de santé. Ce n’est pas pour rien que le modèle de la caisse publique repose sur l’intelligence collective de ces partenariats. Les assureurs, eux,
se mettent à l’ombre, attendent que passe la votation populaire, gèrent leurs petites combines parlementaires. Leur silence sonne comme un aveu. Ils ne font jamais partie de la solution. Ils seront toujours le problème
 
Géraldine Savary,
conseillère aux Etats (PS/VD)

Les commentaires sont fermés.