26/10/2014

Djihadistes européens, vraiment de quoi s'étonner?

 

Je le sais bien, mon papier n’est pas politiquement correct. Mes comparaisons seront FAVRE-84.jpgconsidérées comme inacceptables. Néanmoins, j’en suis bien persuadé, ce qu’il y a d’extraordinaire avec ces exaltés criminels, c’est l’égorgement d’innocents, visible par tous sur un écran. Mais dans le fond, leur engagement n’a rien d’extrêmement nouveau. Relevons que l’Arabie saoudite procède à ce même type d’exécutions, pour des délits qui, chez nous, vaudraient quelques années de prison. En trente ans, plus de 2000 condamnés ont été décapités, après moult tortures bien entendu. Et on trouve ce pays très fréquentable, alors que les assassins du 11 Septembre venaient de Riyad. Alors que les sunnites saoudiens ont fortement aidé les djihadistes, etc.
Mais je veux surtout relever que, de tout temps, des jeunes gens se sont embarqués pour faire le coup de feu en faveur de causes plus au moins bonnes à leurs yeux. Nombreux sont ceux, de tout pays, qui se sont engagés dans la Légion étrangère, sans avoir aucune idée sur qui ils pouvaient être amenés à tirer. La fameuse 33e Division SS Charlemagne était composée de très jeunes Français volontaires qui se sont mis au service de Hitler. Auparavant, dans le camp opposé, les Brigades internationales sont intervenues dans la guerre civile espagnole du côté de la République. Elles n’ont pas hésité à fusiller des prêtres et même des gens de leur bord, les anarchistes du POUM. Les extrémistes algériens du GIA (Groupe islamiste armé), djihadistes avant l’heure, ont fait environ 130 000 victimes en Algérie entre 1995 et 1998, lors de massacres collectifs visant des civils, des journalistes, des intellectuels, des féministes, des filles à la jupe trop courte, des amateurs de vin, etc., etc. En Ukraine, aujourd’hui, les trente-huit bataillons privés, plus au moins considérés comme ultranationalistes, voire fascistes – Azov par exemple – ont intégré des hommes de toutes origines, y compris des Américains. Tandis que des Russes indépendants de l’armée de Poutine ont prêté main-forte aux autonomistes.
La plupart du temps, ces plus ou moins très jeunes gens exaltés ne sont guère payés. Mais on a vu, entre autres, des Sud-Africains blancs soutenir, pour quelques deniers, les Angolais de Savimbi, les hommes d’Ojukwu du Biafra séparatiste, ou encore les amis de Tshombe, qui voulait l’indépendance du Katanga. Aujourd’hui, des djihadistes viennent de toute l’Europe. Mais d’autres factions se réclamant d’un autre islam se combattent carrément en Syrie et en Irak. Et maintenant des motards néerlandais volent au secours des Kurdes!
Que penser de tant d’engagements divers, la plupart de très jeunes hommes? Il y a, sans aucun doute, pour une partie de la jeunesse d’hier, d’aujourd’hui et de demain, un irrésistible appel à l’action, une envie d’aventure extrême, avec un support, un prétexte – idéologique ou religieux – qui entraîne, parfois jusqu’à la folie, des gens fragiles mais déterminés. Hier, des maoïstes, voire des Khmers rouges, la RAF en Allemagne, les Brigades rouges en Italie, aujourd’hui des fous de Dieu en faveur d’Al-Qaida, de Boko Haram, des salafistes, etc.
On ne pourra, au mieux, que freiner ces exaltés et surtout tenter d’éviter qu’ils soient très nombreux à s’illustrer en Europe.
Encore un non-dit: si une majorité de musulmans rejettent ces extrémistes, il y a bien, ici, un certain soutien, une base arrière idéologique pour les djihadistes qui, rappelons-le, sont sunnites comme les 90% des 1,2 milliard de musulmans. Ils ne sont pas totalement isolés. Interrogez certaines banlieues…
 
Pierre-Marcel Favre, Editeur

19/10/2014

Les touche-à-tout de la diplomatie

SANDOZ_1-009.jpgLors de l’émission Forum de la RTS, samedi 11 octobre dernier, on apprenait que onze parlementaires socialistes s’étaient rendus à Bruxelles – à titre privé? – pour tâter un peu l’atmosphère de l’Union européenne après le vote du 9 février. Ils avaient rencontré deux parlementaires européens socialistes ainsi d’ailleurs qu’un de nos négociateurs suisses sur place. Et leur porte-parole, interrogé par le journaliste de Forum, de nous faire part de la détermination de Bruxelles de ne pas céder un iota en ce qui concerne la libre circulation et de la tâche quasi impossible – selon ces parlementaires - de nos négociateurs, bien que ces derniers ne s’expriment nullement ainsi. Bref, le porte-parole des onze parlementaires socialistes ne manquait pas de peindre le diable sur la muraille, sans craindre le moins du monde de se mêler de ce qui ne les regarde pas.
 
Rien n’est en effet plus horripilant et probablement plus nuisible au pays que ces électrons libres politiques qui s’estiment investis d’une mission diplomatique alors qu’ils feraient mieux de se taire et de laisser les vrais professionnels s’en occuper. Après le 9 février, la tâche, on le sait, est extrêmement délicate. Les relations internationales sont faites autant de susceptibilité de la part des autorités étrangères concernées que de pragmatisme. Il est important de respecter le plus de confidentialité possible afin d’éviter tout risque de déclencher chez les uns ou les autres un sentiment de défaite ou d’humiliation. Il faut aussi éviter à tout prix de montrer les faiblesses de son propre pays. La démocratie directe est à la fois une faiblesse et une force. C’est une force dans la mesure où elle légitime totalement la position de nos négociateurs tant il est vrai que rares sont les Etats européens, alors même qu’ils sont des démocraties, qui consultent librement leurs citoyens; mais c’est une faiblesse quand le résultat d’un vote exprime avant tout une sanction des autorités nationales ou l’ignorance par les votants de la réalité d’un problème. On aimerait que les parlementaires aient conscience de ce fait et cessent de jouer les mouches du coche. On aimerait aussi que M. Blocher ou quelque autre potentat cesse de se prendre pour le sauveur du pays et de rouler les mécaniques avec des menaces d’initiatives qui bloqueraient dans la constitution les relations internationales. Celles-ci sont, par essence, constamment en évolution. Ce serait une aberration de mettre quoi que ce soit dans la constitution susceptible de figer nos relations avec les autres pays. L’époque où la Constitution fédérale ne parlait pas d’une éventuelle supériorité du droit international par rapport au droit national était plus favorable que l’actuelle. Cela permettait de chercher des solutions pragmatiques éventuelles sans que quiconque perde la face. Celle où l’on inscrirait dans la constitution la supériorité du droit national sur le droit international serait tout aussi néfaste. Il existe des domaines – et c’est le cas des relations internationales – où une légère imprécision assure les meilleures chances de succès. On aimerait que nos négociateurs et notre président de la Confédération - qui ont à cœurs les intérêts du Pays - puissent faire leur travail en paix sans que des touche-à-tout, parlementaires, médias ou autres prétentieux de tous bords, mettent constamment leur grain de sel, incapables qu’ils sont de voir combien ils compliquent la tâche des responsables et finissent par nuire au pays.
 
Suzette Sandoz, ex-conseillère nationale libérale (VD)

12/10/2014

Marine et les humoristes

 

 
BISANG_1.jpgOn considéra longtemps la presse comme le premier pouvoir de nos démocraties: le marché du rire lui dispute ce titre. Encouragés à grand renfort médiatiques, les one-man-show,stands-up et autres variantes comiques font florès. Les médias planifient leurs minutes de rires convenus, ponctuations obligatoires de leurs grilles. Du côté des salles de spectacle aussi, l’humoriste est devenu incontournable. La case humour «grand public» est une promesse d’affluence permettant de «booster» le taux de fréquentation annuel.
 
Nécessité, plaisir roboratif, de tout temps le rire a été le propre de l’humain. Mais à l’heure de la marchandisation galopante, le rire a été récupéré, lyophilisé et recyclé dans le circuit d’une commercialisation forcenée. Un célèbre homme de théâtre français, auteur de comédies très spirituelles, évoquait une «tyrannie du rire», décrivant l’omniprésence des humoristes dans les médias comme une forme d’injonction dictatoriale à la rigolade.
 
«On peut rire de tout mais pas avec tout le monde», selon la fameuse maxime de l’excellent Desproges. A la saine ambition de vouloir rire de tout, reconnaissons qu’aujourd’hui une grande partie des humoristes se contente surtout de faire rire des mêmes choses. Rares sont les satires dérangeantes, visant à égratigner le pouvoir et les idées reçues. Le talent d’un humoriste consiste à rester en équilibre sur le fil du rasoir. Si les uns osent la contestation par le rire, d’autres, plus nombreux et moins scrupuleux, alignent les «bons mots» sur les trames archaïques de la misogynie ordinaire, du racisme rampant et de l’homophobie. Combien de pétasses, gourdes et autres blondes idiotes peuplent les sketchs des bouffons préférés du petit écran? Combien de tantouzes et tapettes placées au bon moment pour rassurer la foule de ne pas être cet Autre souvent raillé. Une société plus rieuse que riante. Cette assignation à la rigolade globalisée gagne du terrain: les codes du stand-up ont conquis d’autres sphères. La France, qui chérit particulièrement ses stars du rire, a offert à ses gladiateurs politiques de redoutables modèles. L’auteure Christine Angot a brossé un portrait visionnaire de Marine Le Pen pour le journal Le Point*, pointant l’efficacité du «one woman show» de la leader frontiste et son impact sur les foules. Un dispositif politique, scénique et humoristique d’une redoutable efficacité. Menés tambour battant, ses meetings n’ont rien à envier aux grand-messes du rire. Hilares, les spectateurs-militants s’esclaffent, savourent ses calembours, ses colères surjouées, ses moqueries, ses formules chocs, les reprennent en chœur, frappant dans les mains et se tapant sur les cuisses.
 
D’ailleurs Marine Le Pen est son meilleur public. Ne confiait-elle pas à Christine Angot s’amuser elle-même de ses dernières trouvailles, de ses «bons mots»? La leader frontiste sait mettre les rieurs de son côté. Une arme fatale à l’époque où le rire est devenu à la fois sésame, opium du peuple, garantie sur recettes, prime à l’audimat et vache sacrée.
 
En Suisse aussi, certains politiciens font leur show, séduisant les médias, visiblement ravis de cette animation. La déferlante du gag semble mécaniquement leur donner de l’élan. Et de nouveaux électeurs!
 
La course au rire standardisé aura gommé toutes les frontières, des scènes de théâtre subventionnées aux télévisions privées, jusqu’à s’inviter au cœur de l’imagerie politique. Voudrait-on distraire le peuple de son pouvoir de réflexion qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Les politiciens qui ont le vent en poupe ont pillé le fonds de commerce des humoristes, souvent au profit de thèses populistes. Rira bien qui rira le dernier. Aux humoristes de choisir leurs cibles, de relever le défi du rire corrosif, émancipateur et subversif.
 
Anne Bisang, Directrice artistique du Théâtre populaire romand.
 
 
*«Tout le monde l’appelle Marine», Christine Angot, Le Point du 22 mars 2012.

05/10/2014

Comment affaiblir un fleuron de notre industrie

meuf.jpgActuellement la production d’électricité hydraulique en Suisse se trouve en danger
et les Chambres fédérales se dirigent, à juste titre, vers
un important soutien aux nécessaires investissements dans ce domaine. Mais comment a-t-on pu arriver à devoir soutenir par nos impôts l’exploitation d’une richesse naturelle qui fonctionnait très bien et fournissait, sans émission de CO2, près de 60% de notre électricité? On en vendait même à l’étranger avec de bons profits, c’est dire. L’enfer est pavé de bonnes intentions, cela se vérifie une fois de plus.
 
Pour remplacer l’électricité nucléaire, notre pays, prenant exemple notamment sur l’Allemagne, décide de subventionner massivement les nouvelles énergies renouvelables. Fort bien, l’intention est louable. Mais le résultat simplement catastrophique. En effet, le marché de l’électricité s’est trouvé totalement faussé. Grâce aux subventions, le nombre d’installations de nouvelles énergies renouvelables a fortement augmenté. D’accord, c’était le but poursuivi. Mais par l’effet de ces subventions aussi, le coût de l’électricité d’origine «nouveau renouvelable» a fortement baissé, de manière artificielle.

Et c’est là que le bât blesse. L’électricité d’origine hydraulique, tout aussi renouvelable rappelons-le, mais non subventionnée, s’en est trouvée simplement trop chère sur un marché cassé par des interventions étatiques intempestives. A cela s’ajoute, mais on le savait en prenant les décisions, une crise économique qui affaiblit l’Europe et entraîne donc une baisse de la consommation d’électricité. Et, ce qui n’arrange rien, l’arrivée sur le marché d‘électricité bon marché produite par des usines au charbon, un effet domino complexe mais connu de l’exploitation du gaz de schiste américain. Le décor est planté: augmentation d’une offre subventionnée bon marché et diminution de la demande. Et patatras! nous devons subventionner l’hydraulique.
N’eût-il pas mieux fallu réfléchir avant de se lancer dans un exercice de réglementations complexes, de subventions, de contraintes? Au moins en apercevant les premiers effets négatifs des décisions prises? Poser la question, c’est y répondre. A vouloir fausser les règles simples de l’offre et de la demande et agir comme si le monde était figé, on se lance dans un engrenage infernal. Une marche arrière se révèle aujourd’hui très difficile. Il faut sauver la grande hydraulique. On ne peut mettre en danger les installations elles-mêmes. Certes, on ne retrouvera pas avant longtemps une rentabilité satisfaisante de ce secteur, ppersonne ne se fait d’illusion à ce sujet.

Et de nombreuses collectivités publiques propriétaires de ces installations subiront cette baisse de revenus et devront trouver des recettes ailleurs, des augmentations d’impôts par exemple! Et cela aussi bien sur l’arc lémanique ou le plateau qu’en montagne.
 
Et attention à la prochaine étape: la connexion nécessaire au marché européen pour assurer notre approvisionnement et la réglementation stricte sur les aides d’Etat qui s’en suivra.
Les subventions de l’Allemagne sont aujourd’hui contestées en UE, les nôtres risquent fort de l’être aussi. Parallèlement, la libéralisation du marché suisse de l’électricité annoncée par Mme Leuthard pour 2018 entraînera aussi une révision des règles de subventionnement. Une mise à jour de la copie risque d’être douloureuse pour les consommateurs, producteurs et distributeurs. Peut-être faut-il s’y atteler dès aujourd’hui.
 
Chantal Balet,, présidente de la Fédération romande pour l’énergie (FRE)

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