09/11/2014 09:42 | Lien permanent | Commentaires (1)

Ecopop et l'Europe

Seydoux-Christe%20.jpgFace aux velléités du premier ministre britannique David Cameron de rediscuter des modalités de la libre circulation des personnes au sein de l’UE, aussi bien la chancelière allemande Angela Merkel que le nouveau président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker ont été très clairs: l’acquis fondamental de la libre circulation des personnes n’est pas négociable! Et tout porte à croire que ces prises de position vont mieux résister aux tentatives de remise en question que le secret bancaire suisse…
 
Ecopop veut préserver durablement les ressources naturelles en Suisse et à l’étranger. Pour ce faire, elle prône une limitation de l’immigration en Suisse à 0,2% de la population résidante par an. D’autre part, elle veut réduire le nombre de naissances dans les pays pauvres en allouant à la planification familiale volontaire 10% du budget annuel que la Confédération consacre à la coopération internationale au développement. Les traités internationaux qui contreviennent aux nouvelles dispositions constitutionnelles devront être modifiés ou dénoncés.
 
Il faut d’emblée constater que l’initiative populaire Ecopop n’est conciliable ni avec l’accord sur la libre circulation des personnes (ALCP), ni avec la convention AELE. Or, depuis l’acceptation le 9 février 2014 de l’initiative populaire de l’UDC «Contre l’immigration de masse», les relations entre la Suisse et l’UE se sont nettement refroidies. Les conseillers fédéraux en charge de ce dossier et nos diplomates n’ont de cesse, contrairement à ce que certains affirment, de trouver des solutions qui soient compatibles à la fois avec le texte de cette initiative populaire et avec la volonté de maintenir les relations bilatérales avec l’UE.
 
En l’état, on ne peut pas dire si l’UE sera d’accord d’entrer en discussion avec la Suisse sur une adaptation de l’ALCP. Si cela ne devait pas être le cas, on risque d’aboutir à une dénonciation de celui-ci, qui pourrait entraîner l’application de la clause guillotine et la caducité de l’ensemble des accords bilatéraux I entre la Suisse et l’UE.
 
D’aucuns prétendent qu’une telle issue ne serait pas dommageable pour notre pays. Dans ce contexte, il vaut la peine de rappeler qu’à part l’ALCP, six autres accords font partie de ce premier paquet de conventions: celui sur les obstacles techniques au commerce; sur les marchés publics; sur l’agriculture; sur la recherche; sur le transport aérien et sur les transports terrestres. Ces traités garantissent à nos entreprises l’accès au marché intérieur européen, fort d’environ 500 millions de consommateurs. Oser prétendre que la Suisse sortirait indemne de la dénonciation de ces accords est tout simplement mensonger!
 
Contrairement à Ecopop, l’initiative populaire de l’UDC souhaitait prendre en compte les besoins de l’économie dans la fixation de plafonds et de contingents annuels. Fixer un seuil d’immigration de 0,2% dans la Constitution, ce qui correspond à environ 16 000 personnes par an, aurait pour conséquence de limiter très fortement l’arrivée de travailleurs en provenance de l’UE/AELE. Or l’économie suisse a besoin de cette main-d’œuvre, que les travailleurs indigènes ne suffiront pas à remplacer. Que l’on songe aux domaines de la santé, de l’industrie, de la construction, de l’hôtellerie-restauration ou encore de la recherche.
 
La Suisse est au cœur de l’Europe et partage ses valeurs. Elle doit chercher des voies pour cohabiter de manière harmonieuse avec ses voisins. Depuis le 9 février 2014, notre pays se trouve en grandes difficultés dans ses relations avec l’UE, son partenaire le plus important à tous points de vue. Evitons de péjorer davantage notre situation et votons non à l’initiative populaire Ecopop le 30 novembre.
 
Anne Seydoux-Christe, conseillère aux Etats (PDC/JU)
 

Commentaires

Bonjour Madame,
Il est probable en effet que nous rencontrions les problèmes que vous citez en cas d'acceptation de l'initiative.
Mais cela veut donc dire que nous sommes donc obligés d'accepter une augmentation de 80 à 100'000 personnes par année sans rien dire, ni rien faire ? Que tout cela est normal et que nous ne pouvons rien y faire ? 1 million de personnes en plus entre 1992 et 2012, vous rendez-vous compte que cette augmentation est la plus importante d'Europe (en proportion du territoire) ? Si nos autorités, dont vous faites partie, avaient réagi plus tôt, lorsqu'on commençait à se rendre compte que l'augmentation d'env. 8000 personnes prévue lors de la votation des bilatérales (que j'ai acceptées) était en train d'exploser (10 x plus !!!), ce genre d'initiative, comme celle du 9 février, n'aurait pas existé ! Si elles existent, c'est uniquement de la faute de nos dirigeants politiques et économiques qui ont laissé faire, ne pensant qu'à très court terme au niveau économique. Car un jour, si cette augmentation continue au même rythme qu'aujourd'hui, c'est dans le mur, non seulement d'un point de vue écologique, mais aussi et surtout d'un point de vue économique que nous foncerons dans le mur !
D'autre part, la plupart des arguments des opposants sont mensongers (colonialisme par la distribution de préservatifs par ex., l'entrée de seulement 16 immigrants alors qu'il s'agit du solde migratoire, ce qui signifie que plus de 100-120'000 nouveaux immigrants pourraient toujours arriver en CH chaque année, etc...).
Non, contrairement à ce que vous dites et ce qu'affirment les opposants, les initiants ne sont ni égoïstes, ni xénophobes. Ce sont les opposants qui sont égoïstes, ne pensant qu'à leur génération et qui laisseront le soin à leurs enfants et petits-enfants de se débrouiller avec les 12, puis 15, puis 20 millions d'habitants promis ces 50 prochaines années avec leur lot de problèmes écologiques, énergétiques, d'entassement les uns sur les autres (et la densification augmentera cette sensation).
Si vous aimez vraiment la Suisse, votez un grand OUI à Ecopop !
D. Golliard

Écrit par : Golliard Dominique | 10/11/2014

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