23/11/2014 09:45 | Lien permanent | Commentaires (2)

Ecopop: l’apoptose* annoncée des hôpitaux universitaires?

 

mec.jpgLe CHUV, emploie 9711 collaborateurs, dont environ 4000 personnes n’ont pas de passeport suisse: 35% sont des médecins et 53% des infirmières et des infirmiers. Ces collaborateurs étrangers sont bienvenus dans tous les sens du terme. Ils sont indispensables et parfaitement intégrés dans notre institution. Sans eux, le CHUV ne pourrait pas remplir ses missions.
Certes, cette proportion de professionnels étrangers rend nos hôpitaux (trop) dépendants de ces talents venus d’ailleurs, même s’ils enrichissent aussi nos institutions de connaissances et de pratiques nouvelles au bénéfice des patients. Nous pouvons regretter cette situation et nous interroger sur les processus qui y ont conduit. Aujourd’hui cependant, c’est une réalité dont tout le monde a pris conscience et qui doit être corrigée.
 
Le train est en marche. Dans les universités, le nombre de jeunes médecins formés augmente régulièrement: 120 diplômés en 2006 rien qu’à Lausanne, 152 en 2014, 220 prévus en 2018. Et dans la Haute Ecole santé Vaud (HESAV) il n’y a jamais eu autant d’étudiants: 562 étudiants en 2003, 925 en 2013, soit une croissance de 64% en dix ans. Je ne doute pas que tous ces efforts augmentent de manière significative le nombre de professionnels suisses à l’avenir. Il est cependant très probable, compte tenu de la taille de notre pays et des besoins croissants dans le domaine de la santé, que nous aurons toujours besoin de ces talents venus d’au-delà de nos frontières.
 
L’initiative Ecopop qui nous est proposée aujourd’hui vise à limiter drastiquement l’immigration dans notre pays, encore plus sévèrement que l’initiative acceptée par le peuple en février dernier. Seules 16 000 personnes par an pourraient être accueillies dans toute la Suisse, un chiffre très inférieur aux seuls besoins de notre système de santé (sans compter les besoins des autres secteurs de l’économie).
Au-delà de la mise en danger du fonctionnement de nos hôpitaux, l’acceptation d’Ecopop signifierait la mort des accords bilatéraux qui nous lient à l’Europe. Dans le domaine scientifique, la Suisse n’aurait plus accès à l’Union européenne et à ses fonds de recherche, les étudiants ne pourraient plus s’inscrire dans les programmes d’échange entre universités, les jeunes médecins auraient des difficultés énormes à se perfectionner à l’étranger. Quel scientifique s’engagerait dans un pays dont les frontières seraient fermées, l’empêchant d’accéder de fait à la communauté internationale?
 
Il y a plus grave encore. Nombre de scientifiques talentueux suisses ou étrangers qui travaillent aujourd’hui dans nos laboratoires pour le plus grand bénéfice de notre pays, choisiraient sans doute de partir pour retrouver la liberté et l’ouverture au monde dont ils ont un besoin vital pour se développer.
La votation du 9 février dernier n’a pas encore révélé les effets délétères qu’elle risque d’avoir sur la médecine et la recherche que nous sommes déjà sous la menace d’un texte arbitraire porteur de conséquences encore plus redoutables. Si elle était acceptée, Ecopop conduirait à coup sûr à l’apoptose annoncée de la place scientifique suisse et des hôpitaux universitaires qui en sont l’un des piliers.
 
*Apoptose: terme utilisé en biologie pour décrire
le processus qui conduit à la mort cellulaire selon
un programme de génétique établi.
 
Pierre-François Leyvraz
Directeur général du CHUV à Lausanne

Commentaires

T'as vu même le chuv se mobilise contre écopop :))

Écrit par : Julie | 23/11/2014

Des 4000 personnes non suisse travaillant au CHUV Mr. Leyvraz cite 88% médecins et infirmier/ère. Pourquoi ne pas avoir nommé les 12% restants? Sans les personnel d'entretien et de support dans tous les secteurs le CHUV ne fonctionnerait pas.

Écrit par : Renate Schneider | 27/11/2014

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