01/02/2015 11:02 | Lien permanent | Commentaires (0)

La BNS a éloigné la Suisse de l’Europe

Voici quinze jours que la BNS a abandonné à la surprise générale le taux plancher de 1,20 euro pour 1 franc suisse qu’elle défendait avec une inébranlable constance depuis le 6 septembre 2011. Sur les marchés depuis, un franc vaut peu ou prou un euro.
Il est encore tôt pour analyser ce brusque changement de cap. Il faudra des mois, plus
vraisemblablement même une à deux années pour en évaluer toutes les conséquences, juger si c’est ou non à bon escient que la BNS a retiré à l’économie suisse la béquille qu’elle lui
avait fournie.
BROULIS_A_UTILISER.jpgJe crois néanmoins possible de faire quelques constats. Le premier est celui de l’indépendance confirmée et assumée de la BNS. Elle fonctionne bien comme «le régulateur suprême et désintéressé» que saluaient les autorités politiques lors de son inauguration en 1907. En soi c’est une bonne nouvelle car une Banque nationale sous influence aura toujours tendance
à se montrer trop accommodante, à remettre au lendemain les efforts à exiger de l’économie. Le taux plancher devait être provisoire, sa fin était inscrite dans son introduction et la BNS
assoit sa crédibilité en y renonçant.
Le second constat c’est qu’en agissant ainsi la BNS a fait un choix souverainiste. En arrimant le franc à l’euro, elle avait de facto rapproché la Suisse de son premier marché d’exportation, celui qui nous apporte un franc sur deux. Depuis quinze jours ce lien est rompu. Pour un temps au moins, jusqu’à ce que – peut-être – un taux de change plus confortable s’installe, la Suisse s’éloigne de l’Europe, et se contraint à aller chercher plus loin les parts de marché que
la brusque appréciation de sa monnaie va lui faire perdre chez ses voisins les plus proches.
Cette valse-hésitation m’étonne. Je ne nie pas que des réserves d’euros de l’ordre de 200 milliards soient impressionnantes. Je n’oublie pas qu’elles étaient promises à gonfler encore vu l’injection de monnaie que préparait, et qu’a désormais décidée, la Banque centrale européenne (60 milliards par mois durant 18 mois au moins). Mais je pense qu’il était possible de rester dans une logique européenne et de protéger cette valeur. Ç’aurait été la piste d’un fonds souverain, tel que le pratique la Norvège qui y met les ressources de son pétrole (plus de 800 milliards à ce jour). Investi dans des infrastructures et des sociétés, il aurait matérialisé notre imbrication économique à l’Europe, participé à son redressement.
C’est l’Alleingang qui a été choisi. Il promet des temps plus durs à notre économie,
en particulier aux sociétés et d’abord au PME tournées vers l’exportation. Nous savons
que l’industrie des machines, le tourisme, mais aussi l’immobilier et plus généralement
les caisses de pensions vont souffrir. D’autres branches, à commencer par celles qui sont
importatrices, vont profiter du niveau élevé du franc. A mon sens quelque 40% des sociétés
y perdront, 40% y gagneront et 20% seront peu affectées. Comment cela se traduira-il
en points de croissance? Quelle influence cela aura-t-il sur les finances et les budgets publics?
Il me paraît difficile de le dire maintenant.
Il s’agit donc de ne pas surréagir en appelant à des plans de relance ou à des coupes drastiques. Il est en particulier malsain d’agiter le spectre de baisses de salaires alors que la consommation intérieure devient un ressort plus nécessaire que jamais.
Il importe en revanche d’être absolument efficient au niveau de nos conditions-cadres, et là les pouvoirs publics ont un rôle à jouer. A nous de réformer rapidement la fiscalité des entreprises (RIE III). Evitons enfin de compliquer encore la vie des entrepreneurs, par exemple avec un impôt fédéral de 20% sur les grosses successions, qui pénaliserait lourdement la transmission des sociétés.
 
Pascal Broulis
Ministre vaudois des Finances
 

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