15/02/2015 10:19 | Lien permanent | Commentaires (0)

La Suisse au service de l’Europe

meuf.jpgUne guerre a lieu sur notre continent. Depuis plus d’une année maintenant, l’Ukraine est à feu et à sang. Les stratégies pyromanes des uns et des autres ont conduit ce pays au bord du gouffre. Jusqu’à la déclaration de cessez-le-feu fragile, signée à Minsk ce jeudi. Au-delà du contenu de l’accord, au-delà de sa périlleuse mise en œuvre, la rencontre de Minsk est le seul signe positif que nous pouvions espérer. Un signe d’espoir pour les Ukrainiens, un signe aussi que l’Europe a repris son destin commun en main.
Paradoxalement, c’est la Suisse, pays non membre de l’Union européenne, qui a montré la voie, en plaidant depuis plus d’une année pour une résolution diplomatique du conflit et en refusant d’exclure la Russie des frontières politiques de l’Europe. L’Europe de la paix à laquelle la Suisse aspire et travaille, s’étend de Lisbonne à Vladivostok.
 
Le hasard de l’histoire nous a conduits à présider l’OSCE au moment de la crise ukrainienne. Et depuis lors, notre pays s’engage discrètement, mais obstinément en faveur d’une résolution pacifique de ce conflit. Cet effort est d’abord celui de nos diplomates qui méritent reconnaissance, tels Heidi Tagliavini qui a œuvré aux négociations de Minsk ou l’ambassadeur suisse à Berlin Tim Guldimann fin connaisseur de la Russie. C’est aussi bien sûr celui du conseiller fédéral Burkhalter qui n’a pas ménagé sa peine durant son année de présidence pour maintenir un dialogue entre Russes, Ukrainiens et Occidentaux.
Les parlementaires ne sont pas restés inactifs non plus. A Strasbourg, mes collègues Andreas Gross et Luc Recordon ont cherché, en vain hélas, à freiner les ardeurs vengeresses de certains conservateurs anglais et français pour préserver à l’Assemblée du Conseil de l’Europe une dernière enceinte de dialogue et d’échanges. Dans cette guerre où la propagande utilisée de part et d’autre rend difficiles la compréhension des enjeux et les perceptions des uns et des autres, il est essentiel d’écouter, de prendre le temps de comprendre, de faire valoir nos arguments et de défendre nos valeurs par la discussion plutôt que par la diatribe guerrière. En allant à Moscou, puis à Berlin avec une délégation de parlementaires à la rencontre de nos collègues russes et allemands, j’ai pu constater à quel point le rôle de notre pays avait été apprécié. Aux yeux des Russes, la Suisse reste un partenaire de discussion. La confiance n’est pas entamée. Notre neutralité est respectée à défaut d’être totalement comprise. Notre système politique les intéresse, notre fédéralisme les intéresse, notre diplomatie des bons offices les intéresse. Nos critiques ne sont pas considérées comme des ruptures de dialogue. A Berlin aussi, les parlementaires ont salué l’engagement de la Suisse et des spécialistes mis à disposition pour la désescalade du conflit ukrainien. Pour nos collègues allemands, l’espoir d’une pacification durable des relations entre l’Europe et la Russie réside dans la troïka actuellement à la tête de l’OSCE. Par un deuxième heureux coup du sort, la Suisse (comme présidence sortante) est désormais accompagnée de la Serbie, présidente en titre et de l’Allemagne qui assumera cette tâche en 2016. Un pays neutre, un pays proche de la Russie, un pays de poids au sein de l’Europe, le destin a bien choisi ses ambassadeurs.
 
L’accord de Minsk ce jeudi ne sonne pas la fin des hostilités. L’incandescence du conflit ukrainien nécessite une vigilance diplomatique et politique permanente. Mais la sécurité en Europe passe obligatoirement par une pacification de l’Ukraine et de nos relations avec la Russie. Le choix ici n’est pas entre pro ou anti-Russes, encore moins entre pro ou anti-poutiniens. Il est entre la voie de la paix et celle de la guerre.
 
Géraldine Savary, Conseillère aux Etats (PS/VD)

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