29/03/2015 09:44 | Lien permanent | Commentaires (0)

Livres sur ordonnance

Que les livres soient PAYOT.jpgsouvent utilisés par les parents ou les pédopsychiatres comme outil thérapeutique pour les enfants confrontés à des situations difficiles est un fait connu. Mais de plus en plus, le livre est aussi «prescrit» pour des adultes par des médecins généralistes, psychanalystes et autres soignants, en particulier face aux cas de dépression ou de burn-out. On parle de «bibliothérapie». Proust déjà, dans «De la lecture», affirmait que les livres «jouent un rôle analogue à celui des psychothérapeutes auprès de certains neurasthéniques».
 
Si cette pratique est largement répandue dans les pays anglo-saxons, avec une palette large à disposition, de la poetry therapy à la novel cure, elle s’affirme plus timidement dans les pays francophones, où les praticiens rechignent à reconnaître préférer prescrire des livres à des médicaments dans de nombreux cas. Certains médecins, pourtant, admettent que les médicaments sont utiles en cas d’urgence, mais que le livre est plus à même d’aider un patient à «trouver le chemin», surtout quand le patient en question est réticent face à une thérapie.
On ne parle pas ici des livres de développement personnel ou de tous ceux ressortant du «bonheurisme», mais bien de littérature de fiction. Grand ami de Stefan Zweig, Sigmund Freud lui-même reconnaissait que la littérature permettait de sonder l’âme humaine. Et la lecture (indispensable à nos yeux) de l’œuvre d’un Balzac, par exemple, dépeindra utilement tous les travers et ressorts de l’âme humaine.
 
Le professeur Corcos, chef de service d’un département de psychiatrie de l’adolescent et des jeunes adultes à Paris, organise quant à lui des lectures d’œuvres littéraires devant des internes et médecins, convaincu que «l’œuvre littéraire peut permettre au médecin de ressentir l’émotion et de mieux lire les histoires symptomatiques de ses patients». Il affirme même que, pour comprendre l’adolescence (un vrai défi!), la lecture de «L’attrape-cœur» de Salinger, du «Grand Meaulnes» d’Alain-Fournier ou de «Malika» de Valérie Valère est «infiniment supérieure à bon nombre de traités de psychiatrie»! Le professeur Corcos sait de quoi il parle, puisque c’est après avoir lu «Les chants de Maldoror» de Lautréamont, que lui avait fait découvrir son premier patient atteint de schizophrénie, qu’il a commencé à pouvoir le comprendre.
 
Après plusieurs années passées à animer des conférences sur le sujet, la romancière Régine Detambel, kinésithérapeute de formation, a récemment choisi de développer un volet plus concret de son approche. Elle organise dorénavant des stages de «bibliothérapie créative», expérience qu’elle raconte dans «Les livres prennent soin de vous» (Actes Sud). Elle s’inspire notamment du travail de Marc-Alain Ouaknin, auteur de «Bibliothérapie - Lire, c’est guérir», un auteur dont je recommande vivement la lecture de «Lire aux éclats» (tous deux aux Editions du Seuil) et de celui du philosophe Paul Ricœur.
 
«Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d’un coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire?» écrivait Kafka. Cette thérapie «de choc», qui octroie une fonction utilitaire au livre pour tout un chacun (sans être pour autant atteint d’une pathologie particulière officiellement déclarée ou reconnue), montre bien que l’acte de lecture, y compris d’œuvres de l’imaginaire, au-delà du simple divertissement, joue un rôle non négligeable dans notre équilibre mental (ou dans sa recherche).
Alors, que la vie vous soit facile ou que vous ayez un méchant «coup de blues», rendez-vous chez votre pharmacien/libraire: il a les remèdes qu’il vous faut!

Pascal Vandenberghe
Président-Directeur général Payot Librairie

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