19/04/2015 10:04 | Lien permanent | Commentaires (2)

Le bonheur

 

MECMEC.jpgIl fut un temps où le premier mot de grec qu’un touriste apprenait en arrivant dans le pays était Yassou. Littéralement, cela veut dire: à ta santé. Mais l’exclamation est aussi utilisée comme mot de bienvenue. Yassou, mon ami! Aujourd’hui, ce Yassou délicieux qui porte en lui le sens du partage de la Grèce a un concurrent sérieux: Enikiazété. A louer. Le visiteur qui arrive à Athènes et se rend au centre-ville voit ce mot affiché partout. Les appartements sont vides, les magasins ferment, et ceux qui tiennent le coup le font parce qu’ils ont la foi, ou parce que fermer leur coûterait plus cher que résister.

A l’époque d’avant l’Europe, et donc d’avant l’euro, les voitures coûtaient une fortune, l’inflation était galopante, et les taux hypothécaires délirants. Mais le pays était heureux. Les gens avaient leur chez-soi (la Grèce était l’un des pays européens à plus fort taux de propriétaires), et souvent les gens avaient aussi une maison de village, séquelle magnifique d’une tradition agricole. Il y avait du travail.
La dignité était partout. Aujourd’hui, des industries entières ont disparu, rayées de la carte par souci
de «rationalisation». Finie l’industrie cotonnière, biffée la transformation textile (elle qui inondait l’Europe de produits à valeur ajoutée), plus d’industrie pêchière, suite aux primes consenties aux pêcheurs pour qu’ils se sabordent. L’Europe, ses experts, ses schémas et ses fantasmes ont eu raison de la Grèce. Pour parachever les dégâts est venue l’idée de la monnaie unique. Il y aurait un euro et un seul. De
 
Dunkerque jusqu’à Tamanrasset, aurait dit de Gaulle. Par un coup de baguette magique, l’argent
ne coûtant soudain plus rien ou presque, le pays s’est lancé dans la consommation effrénée. Ses banques pouvaient emprunter en euros, elles y ont pris goût. Comment résister aux agios faciles? Puis est venue la crise, avec elle l’heure des comptes, et la Grèce est retombée dans ses vieux démons de pays occupé, comme elle l’était par les Turcs durant cinq siècles. Elle s’est mise à cacher. A tricher.
Et elle a perdu sur tous les tableaux. Prise dans une spirale de chômage et de déficit, elle s’est ruinée, s’est déconsidérée, et se retrouve dans la souricière. Désormais, il est de bon ton de la moquer.
 
Ce pays, dont la capacité au bonheur faisait l’admiration du monde entier, se retrouve à terre, sans avenir. Humiliés, les Grecs à qui l’on coupe le salaire. Hagards, ceux qui ont perdu leur travail et n’ont pas l’ombre d’une chance d’en retrouver un autre. Dégoûtés, les anciens, à qui on rabote les retraites. Perdus, les jeunes diplômés, chômeurs à plus d’un sur deux. Alors, ces études, ces efforts de la famille, c’était pour beurre?L’austérité… Elle n’avait pas pour propos de relancer la machine économique. C’était celle des prêteurs de deniers. Quand on doit de l’argent, on se serre la ceinture, disent ceux de Bruxelles, Mme Merkel en tête, ravis au fond que la Grèce tienne l’euro à des niveaux qui profitent à leurs industries exportatrices. L’austérité ne marchera pas. Elle n’a fait qu’amplifier la crise. Elle ne pourrait que la prolonger. Pour que le pays retrouve sa joie de vivre, il faut qu’il tire les conséquences de ses errements et sorte de l’euro, comme on quitte une maison où l’on n’a rien à faire. Qu’il revienne à la drachme, la dévalue très massivement, relance son tourisme et ses exportations Qu’il rende sa main-d’œuvre compétitive, cela intéressera les industriels européens. Il retrouvera travail, dignité et joie de vivre, dans une liberté assumée. Elefthéria i Thanatos, dit la devise de la petite île sur laquelle j’écris ces lignes. La liberté ou la mort.
 
Metin Arditi
Président de la Fondation Les Instruments de la paix-Genève. Ambassadeur de bonne volonté de l’Unesco

Commentaires

Très intéressant

Écrit par : Antoine Rocafort | 19/04/2015

Bien sûr la solution serait que la Grèce sorte de l'euro mais dans des bonnes conditions. Mais Bruxelles est contre cette Grexit car l'euro immédiatement se renforcerait, ce qui est très mauvais pour les exportations.... Alors tant pis pour les grecs.... et s'ils décident de sortir de toute façon, Bruxelles ferait de sorte qu'ils subiront des catastrophes afin qu'ils servent d'exemple à ne pas suivre à d'autres pays faibles (Espagne, Portugal) qui auraient le même courage du désespoir.

Écrit par : Anestis Pialopoulos | 19/04/2015

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