17/05/2015 09:29 | Lien permanent | Commentaires (0)

Le médecin: un spécialiste de la relation humaine avant tout

La SMACHIN.jpguisse doit affronter le problème de la relève médicale. Elle recrute actuellement un nombre important de professionnels d’autres pays, et il est d’ailleurs vital qu’elle puisse continuer de le faire malgré le vote du 9 février 2014. A titre d’exemple, au CHUV, près du tiers de nos médecins
sont de nationalité étrangère. Tout le monde est parfaitement conscient de la pénurie
qui menace, et les universités ont déjà pris des mesures substantielles pour augmenter le nombre d’étudiants.

Une autre difficulté compte tenu de la petitesse du pays: celle du manque de leaders académiques suisses dans le domaine médical. Il est vrai que, lorsque j’ai fait mes études, j’ai connu des patrons – d’aucuns diront des mandarins – qui nous ont guidés. Ils nous imposaient le respect par l’étendue et la profondeur de leurs connaissances. Or l’évolution galopante des savoirs et la surspécialisation rendent de plus en plus improbable la possibilité de trouver ces perles rares.

La médecine évolue vers une collaboration renforcée entre des compétences fort
diverses, réunies autour du patient. Aujourd’hui, même si certains le regrettent, l’effort porte sur la continuité des soins et les liens entre les différents intervenants. Le patron moderne doit être un facilitateur: de soliste,
il devient le chef d’un orchestre symphonique. Il doit connaître parfaitement la partition, transmettre son interprétation (sa vision) en sachant donner à chaque instrument sa place dans l’ensemble.

Le médecin du futur ne doit donc surtout pas se laisser obnubiler par les seuls progrès
technologiques et ambitionner de devenir un «ingénieur en biotechnologie médicale». Certes, les avancées spectaculaires vont faire apparaître de nouveaux métiers, très techniques, qui s’apprendront entre autres dans les laboratoires des EPF. Mais ceux-ci ne constitueront pas la médecine du futur.
Ils l’accompagneront.
 
Si le développement technologique fascine, il préoccupe tout autant. Il n’est pas question, bien sûr, de défendre l’idée d’une médecine rétrograde, mais d’interroger en quoi cette technicité induit une forme de désin­dividualisation qui menace tant les patients que les professionnels. Raison pour laquelle le médecin doit rester le spécialiste de la relation humaine avant tout. Il devra donc, bien sûr, à l’avenir comme aujourd’hui, acquérir le bagage technique indispensable, mais il aura surtout pour mission de lutter contre une forme de déshumanisation des soins.
 
Et, pour ce faire, le médecin occupe une place de choix: il est à l’interface entre la technique et le malade. Et c’est à lui que revient la responsabilité d’estimer quelles sont, parmi les nouvelles technologies, celles qui conviennent au patient. C’est en somme à lui que revient la tâche de protéger ce qui constitue le fondement de la médecine: son humanité.

Pierre-François Leyvraz
Directeur général du CHUV à Lausanne

Les commentaires sont fermés.