31/05/2015 09:37 | Lien permanent | Commentaires (0)

Lobbying et transparence: le son des mots

cercle.jpgOn prononce volontiers le mot «lobbyiste» en baissant le ton, comme un gros mot, entouré d’une odeur de soufre. Pour avoir pratiqué ce métier, je me suis toujours amusée des fantasmes qui l’entourent et de l’opprobre qui le frappe. Les séries américaines doivent y être pour beaucoup, je pense. Dans un récent article de presse un parlementaire aux références plus anciennes traitait les lobbyistes de «marchands du temple». Mais quel temple? Serait-ce celui dont avec ses collègues il veut rester seul grand prêtre? La réalité de la profession en Suisse, fort intéressante au demeurant, est toutefois bien plus simple qu’au cinéma.
 
Nous sommes très fiers de notre démocratie semi-directe. Et nous avons bien raison. Chez nous pas de gouvernants qui règnent sur un peuple, mais au contraire des dirigeants au service de la population. – Quelquefois tellement au service qu’ils perdent leur sens critique et deviennent des suiveurs serviles de l’opinion publique, mais c’est un autre débat. – Entre «eux et nous» règne un rapport de confiance remis sur la table chaque quatre ans. Dans ce système les décisions doivent répondre aux intérêts d’une majorité de la population, plus précisément aux intérêts très divers qui la composent. A défaut de quoi un référendum viendra quasi à coup sûr sanctionner cette décision.
 
Mais pour nos parlementaires, comment connaître ces intérêts très divers et parfois contradictoire? Comment savoir où se trouve l’intérêt général? Sur quelles bases procéder à une judicieuse pesée d’intérêts divergents? Bien sûr nos élus s’efforcent de ne pas se cloisonner dans une bulle. C’est d’ailleurs tout l’intérêt du politicien de milice, il n’est pas coupé du monde. Il a aussi des convictions. Mais cela ne suffit plus lorsqu’il s’agit de décisions très techniques. Il peut, par exemple, vouloir favoriser l’énergie hydraulique peu polluante mais sans pour autant savoir comment y parvenir concrètement, quels articles de lois peuvent y concourir sans entraîner d’effets pervers pour le consommateur, etc. C’est là que le lobbyiste intervient, tout simplement. Les commissions entendent divers spécialistes, dont des lobbyistes, de manière très formelle lors de «hearings». C’est un moyen d’information. Mais le parlementaire peut aussi vouloir discuter lui-même informellement avec des spécialistes, connaître des avis divergents et les confronter. Alors il rencontre des lobbyistes. Les organisations économiques, patronales et syndicales, les organisations de branches, les ONG de toutes natures ou les entreprises elles-mêmes emploient des gens dont c’est le métier, qu’ils soient employés ou mandatés. Argumenter solidement, tenter de démontrer la justesse d’un point de vue
à un parlementaire qui en verra d’autres, tel est le job.
 
Comme lobbyiste professionnel, lorsqu’on prend contact avec un parlementaire, dans les pas perdus ou ailleurs, la première information à donner est de préciser pour qui on travaille. Si un lobbyiste fait un coup tordu à un parlementaire, cela se saura très vite et il aura peu d’avenir dans la profession. De manière générale les choses se passent bien, les uns et les autres jouent leur rôle et respectent les règles non écrites de bonne intelligence. Lors d’inévitables faux pas, certains voudraient des règles pour plus de «transparence». Le grand mot qui lui sonne étonnamment bien alors qu’il signifie défiance, soupçon, état fouineur, intrusion dans la sphère privée et aussi moins de pragmatisme et de bonne intelligence, plus de règlements, plus d’interventions étatiques. Cela n’empêchera pas les erreurs, mais à coup sûr diminuera le rapport de confiance entre citoyens et élus. Dommage.
 
Chantal Balet
Avocate-conseil

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