14/06/2015 09:57 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cercle, dimanche

Le long chemin du profit personnel à l’intérêt général

cercle, dimancheIl y a quelques semaines, une journaliste de la RTS m’a contacté: elle cherchait désespérément un chef d’entreprise qui accepterait, dans un débat, de défendre la loi fédérale sur la radio et la télévision (LRTV) face à l’un des nombreux patrons qui y sont opposés. En soi rien que de très courant comme démarche. Mais ce qui m’a frappé, c’est qu’elle partait de l’idée que si, par la nouvelle loi, mon entreprise y gagnait, c’est-à-dire paierait moins de redevance qu’actuellement, j’y serais forcément favorable, alors que dans le cas inverse, j’y serais naturellement opposé. C’est ainsi donc qu’on préjuge désormais que, pour tout un chacun, le profit personnel et immédiat prime systématiquement sur l’intérêt collectif et à long terme.

Cela m’a fait penser à la situation économique de la Suisse depuis le 15 janvier 2015 et la décision de la BNS d’abolir le taux plancher qui a provoqué cette immédiate et forte appréciation du franc suisse vis-à-vis des autres monnaies, et en particulier de l’euro. Les conséquences les plus visibles de ce «tsunami», comme l’a appelé Nick Hayek, frappent de plein fouet les secteurs des exportations et du tourisme. On en parle moins, mais le secteur du commerce de détail est tout aussi violemment impacté. Certes de manière moins visible et moins bien perçue. Et pourtant, les conséquences de la forte croissance du tourisme d’achat, en particulier dans les régions frontalières, sont tout aussi préjudiciables à l’économie suisse. A Genève, par exemple, les associations de commerçants prévoient une baisse du chiffre d’affaires de 10% sur l’année, soit quelque 300 millions. Qui peut penser que cela n’aura pas de conséquences sur l’emploi, même si c’est moins visible que dans l’industrie, les commerçants réduisant le nombre d’employés par le non-remplacement des départs? Cela ne fera pas la une des journaux, mais c’est pourtant bel et bien la réalité. Et ce seront autant de recettes fiscales en moins.

Le consommateur suisse, qui voit naturellement un intérêt immédiat pour son porte-monnaie à déserter les commerces suisses pour effectuer ses achats en France ou en Allemagne, n’oublie-t-il pas un peu vite qu’il est aussi un contribuable et que, à ce titre, à plus ou moins long terme, une forte baisse des recettes fiscales diminuera d’autant les budgets publics et devra être compensée? Soit par une hausse des impôts, soit par une baisse des prestations publiques. Sans parler des risques d’un accroissement du chômage et des coûts induits pour la collectivité. De fait, le profit individuel et à court terme vient bien nuire ici à l’intérêt collectif et à long terme.

Si les attentes de voir les prix baisser sont, dans une certaine mesure et jusqu’à un certain point, légitimes, pour peu que les approvisionnements soient effectués en zone euro ou que les distributeurs locaux adaptent leurs prix, ce qui n’est pas toujours le cas, il est en revanche assez hallucinant d’entendre nombre de personnes affirmer que «les prix ont augmenté» suite au changement de taux. Non! Les mêmes produits sont devenus moins chers ailleurs, ce qui n’est pas la même chose.

Pour exemple, le prix des livres a baissé en moyenne de 15% entre 2011 et 2015 (suite à la première baisse de l’euro) et encore de 5 à 10% depuis le mois de mars. De fait, le pouvoir d’achat des Suisses a augmenté pour ces produits. Mais ces baisses de prix ont des limites: celles des coûts auxquels sont soumis les acteurs suisses, qui eux ne sont pas indexés sur l’euro, et en particulier les salaires qui, avec un taux de change quasi à parité, se retrouvent entre deux et trois fois plus élevés qu’en zone euro proche. Une prise de conscience de ces réalités-là ne peut se faire qu’avec une prédominance du sens de l’intérêt collectif par rapport au profit personnel. On n’en prend pas encore le chemin semble-t-il.

Pascal Vandenberghe, Président-directeur général Payot Libraire

Commentaires

Cher Monsieur Vandenberghe,

J'aimerais vous répondre sur le coût des rémunérations en Suisse. Le calcul simpliste qui consiste à prendre la salaire brut et de le comparer avec nos voisins est totalement faux. Le coût pour l'employeur d'un salarié en Suisse en terme de charges sociales est bien plus bas en Suisse qu'en France. Les charges sociales en Suisse sont d'environ 20% du salaire, alors qu'en France l'employeur paie à peu près 3x le salaire brut pour couvrir ce dernier et les charges. Il faut donc arrêter avec cet argument totalement bidon.

Écrit par : Muriel | 14/06/2015

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