28/06/2015 12:20 | Lien permanent | Commentaires (0)

Une civilisation du visage

suze.jpgInterdire la burka, le niqab, le foulard? Notre société occidentale est soudain confrontée à des questions difficiles parce qu’elles concernent une forme de liberté, sociologique ou religieuse, que la même société défend avec raison. Il est clair que de pures et simples questions de sécurité, à une époque où toutes sortes de terrorismes et violences se donnent libre cours, justifient l’interdiction de toute forme de camouflage du visage, voire de l’entier de la personne.

On notera d’ailleurs que même sans un camouflage aussi complet que celui assuré par la burka ou le niqab, des terroristes arrivent à se faire passer pour d’honnêtes religieux, de braves agents du service public, etc., etc.
 
La seule raison sécuritaire ne suffit pas à interdire burka et niqab et aucune raison de cette
nature ne permet d’interdire le foulard. Ce dernier d’ailleurs ne peut être interdit que pour motif religieux, ce qui est incompatible avec la liberté religieuse précisément. Mais revenons aux deux autres vêtements. Ce qui est insupportable, c’est qu’ils cachent notamment le visage or le visage est la partie du corps qui assure la meilleure communication entre les personnes. Tout notre corps, certes, contribue à cette communication et c’est la raison pour laquelle on ne saurait prétendre que l’on peut en faire ce que l’on veut et en disposer totalement à sa guise. Mais, dans le corps, il y a une partie qui assure par excellence le rapport à l’autre, c’est le visage. Tourner son visage vers l’autre, et le lui montrer, c’est une manière de reconnaître qu’il existe en tant qu’être humain.
 
La plupart des civilisations prêtent de l’importance au visage. Il n’est qu’à étudier la peinture,
la sculpture, la littérature pour s’en convaincre. C’est l’éloge du sourire, mais parfois aussi du rictus, de la fraîcheur de la peau, mais parfois aussi de l’histoire des rides. Et notre civilisation occidentale est incontestablement une civilisation du visage par excellence. Seuls y sont cachés les visages des condamnés à mort, des bourreaux, des hommes de main ou de forces sécuritaires très spéciales; quelques fois encore, pour entrer dans l’église, un voile de tulle estompe le visage de la future mariée – que chacun connaît – et jadis, une voilette ombrait le sourire féminin de mystère. Mais, dans ces deux cas, rien de comparable au «masque de fer» de la burka ou du niqab. Le sourire sous la voilette d’un chapeau coquet pouvait être une invitation au bonheur.
 
Le refus de montrer son visage en public est un signe éminemment troublant d’indifférence
à l’autre, quant à l’interdiction de montrer son visage, c’est la manifestation d’un mépris de la personne, d’une volonté de séquestration ou de possession incompatibles avec la dignité humaine.
 
Quel dieu pourrait vouloir emprisonner la moitié de ses créatures et les réduire en public à un sac anonyme? Mais la question demeure: peut-on interdire la burka et le niqab sans rappeler d’abord et sans cesse que le visage est, dans nos pays, un élément essentiel de l’identité de la personne et que le montrer est à la fois un droit et une marque de respect de l’autre? Celui qui voyage dans un pays étranger ne doit pas violer les valeurs de ce pays et, s’il ne peut s’y résoudre, qu’il ne s’y rende pas. A plus forte raison, celui qui entend s’établir en un pays doit-il en respecter la civilisation et les valeurs. A ce défaut, qu’il vive ailleurs. Autrefois, quand on visitait une église catholique, on devait mettre un foulard ou une mantille. On le faisait par politesse sinon par conviction. Alors, par politesse, sinon par conviction, ni burka, ni niqab quand on est en Europe. C’est une forme de politesse et quelle religion interdit la politesse?
 
Suzette Sandoz, ex-conseillère nationale libérale (VD)

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