12/07/2015 09:38 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cercle, dimanche

Le chasselas, un cépage exceptionnel qui s’apprivoisev

lstapioca-tomlm.jpgLe cépage identitaire du canton de Vaud jouit d’une popularité croissante dont seuls se privent les snobs, les abstinents et les ignorants.


Dans un article par ailleurs excellent du 26 juin, «Le Matin» titrait: «Peut-on sauver le chasselas?». La question se veut bien sûr provocatrice, et dès lors ma réponse ne le sera pas moins: «Peut-on sauver les malheureux qui n’aiment pas le chasselas?». Les infortunés qui par abstinence, snobisme, méconnaissance, fidélité aveugle aux vieux préjugés, ascétisme, voire masochisme, se privent de la délectation que peut procurer un des vins les plus fascinants du monde.

Plus sérieusement, le sauvetage du chasselas n’est plus à l’ordre du jour, tant sa santé est éclatante. Après une décennie marquée par une désaffection du public et l’arrachage de nombreuses surfaces, encouragé par des primes, mais dont plus d’un producteur se mord les doigts, le cépage identitaire du canton de Vaud, cultivé avec talent également par nos voisins romands et dans le sud-est de l’Allemagne, jouit depuis quelques années d’une popularité croissante tant chez nous qu’à l’étranger – même s’il y est encore confidentiel.

Deux événements récents corroborent ce constat de manière éloquente. D’une part, grâce aux efforts entrepris notamment par l’Office des vins vaudois, le chasselas poursuit sa percée en Extrême-Orient. Au Japon (où il connaît un succès particulier dû à son adéquation avec la mentalité et la cuisine locale), à Hongkong (porte d’entrée de la Chine) et à Shanghai où une campagne de promotion menée par des vignerons vaudois sous l’égide de l’OVV a conquis de nouveaux amateurs, puisque plus de 3000 bouteilles s’y sont vendues en quelques jours dans ce qui était jusqu’alors une friche à cet égard. L’image flatteuse dont il commence à jouir dans certains cercles de connaisseurs asiatiques se répercutera à l’évidence favorablement sur le marché interne.

Et puis, le week-end dernier, le Mondial du Chasselas a connu à Aigle le couronnement de sa 4e édition. Considéré avec un petit sourire en coin et une légère condescendance lors de son lancement, ce concours international a une fois de plus battu son record d’inscriptions, puisque 693 échantillons y ont été dégustés, soit 51 de plus qu’en 2014. Si la grande majorité des vins proviennent de l’arc lémanique et des Trois-Lacs, le jury est quant à lui très international avec des dégustateurs de toute provenance (y compris Chine, Etats-Unis et Canada) dont une bonne part découvrent le chasselas dans sa complexité et sa diversité. A chaque fois, le miracle opère: sceptiques au départ (le chasselas passant au mieux pour un vin de soif à boire entre copains), intrigués après quelques échantillons, peu à peu séduits par la fascinante diversité de ses styles et de ses expressions, ils sont définitivement conquis lorsqu’ils abordent une série de vieux millésimes qui témoigne du potentiel de vieillissement de ce cépage, au point d’être gagnés par un lyrisme qui se passe de commentaire: «Un éclat de silex qui embrase les fruits confits teintés de fenugrec (2008).» «Très confit, il évoque l’abricot sec, la chips de mangue, la gelée de poire, le tout bien relevé de poivre blanc et parfumé de livèche (1984).» «La tension minérale lui assure une excellente fraîcheur. Les fruits jaunes tels l’abricot sec et la pêche au sirop nous procurent un plaisir buccal proche de la suavité (1982).»

Le parcours de ces experts, qui passent de l’intérêt poli au plaisir puis à l’enthousiasme, illustre à lui seul une des constantes du chasselas: ce cépage exceptionnel, délicat, subtil, élégant ne se livre pas facilement: il faut aller le chercher et savoir l’apprivoiser. Mais plus grand aura été l’effort, plus voluptueuse sera la récompense. Au fond, les détracteurs du chasselas ne souffrent-ils pas tout simplement de paresse?

Pierre Keller, Président de l’Office des vins vaudois

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